Le Neurobiologiste Aziz MOQRICH va recevoir début décembre le Prix Axel Kahn de la Ligue contre le cancer pour ses recherches sur une molécule capable de soulager les douleurs sans les effets secondaires majeurs des opioïdes. Une piste qui pourrait transformer la vie de nombreux patients atteints de cancer. Plus d’un patient sur 2 atteint de cancer souffre de douleurs au cours de son parcours. Et plus d’un tiers vivent encore avec des douleurs chroniques après les traitements. Selon l’inCa (Institut national du cancer) pourtant, la douleur reste le parent pauvre de la cancérologie. Pour combler ce retard, la Ligue contre le cancer remet chaque année un prix pour accélérer la recherche en la matière. Cette année, seront distingués 3 lauréats, dont le Neurobiologiste Aziz MOQRICH, récompensé pour le développement d’un médicament capable de soulager les douleurs aiguës et chroniques sans les effets secondaires des opioïdes.

 

 

Aujourd’hui, la prise en charge de la douleur repose encore largement sur ces substances. Morphine et dérivés, des traitements indispensables mais assortis d’effets indésirables lourds, somnolence, troubles digestifs, baisse de la vigilance, risque d’addiction et tolérance qui impose d’augmenter les doses. C’est dans ce contexte qu’Aziz MOQRICH et son équipe de l’Institut de biologie du développement de Marseille, (CNRS), ont développé une nouvelle molécule, peptidique, issue de fragments de protéines naturellement présentes dans l’organisme. Contrairement aux opioïdes qui bloquent le passage douloureux une fois parvenu à la moelle épinière, la molécule développée par Aziz MOQRICH intervient dès la source du signal, sur les neurones sensoriels du système nerveux périphérique. Ces fibres implantées dans la peau, les muscles ou les organes captent les stimuli avant de les transmettre au système nerveux central.

 

 

Chez les patients atteints de cancer, elles sont souvent fragilisées par la tumeur, ou par les chimiothérapies et deviennent hypersensibles. La moindre sollicitation déclenche des salves électriques continues. “Comme un câble abîmé qui grésille en permanence”, résume le neurobiologiste.

En identifiant une protéine clé dans ce mécanisme d’hypersensibilité, son équipe a conçu un médicament capable de limiter la propension du neurone à envoyer des signaux douloureux disproportionnés. “ Ce n’est pas une anesthésie, le neurone reste actif mais il cesse de transmettre des messages en continu”, résume le chercheur. Le médicament n’est pas encore disponible à la vente, mais les résultats sont jugés encourageants, la molécule réduit la douleur sans sédation, sans nausée et surtout sans phénomène d’addiction. “C’est prometteur, mais rien n’est joué. Le temps de la recherche est long et incertain”, précise Aziz MOQRICH. Au-delà du soulagement, ce traitement ouvre une perspective encore très peu explorée. La prévention de la douleur chronique, un enjeu majeur en cancérologie.

Il existe une corrélation très forte entre l’intensité de la douleur post-opératoire et le risque de développer des douleurs chroniques. En donnant la molécule en prétraitement, on pourrait empêcher ou réduire ce risque, explique Aziz MOQRICH. Longtemps, dans le domaine de la lutte contre le cancer, la priorité a été de sauver avant de soulager, reléguant la qualité de vie au second plan. “La prise en charge de la douleur est sous-financée”, explique Claude Agnès Reynaud, directrice de recherche au CNRS et présidente du comité scientifique de la Ligue contre le cancer. “ll y a encore 10 ans, ce n’était pas vu comme une vraie pathologie, alors que c’est peut-être la plus répandue au monde. La qualité de vie est centrale dans le traitement”, insiste elle. “Prendre en compte la douleur et c’est considérer la dignité du patient. C’est un enjeu d’éthique autant que de science

La Croix, mardi 25 novembre 2025. Ines SIMONDI
Illustrations obtenues par IA