En décembre 2019, des programmes nationaux de vaccination contre le papillomavirus (HPV) avaient été développés dans 124 pays. Les essais randomisés ont montré jusqu’à présent que les vaccins contre les HPV protégeaient de l’infection, des verrues génitales et des lésions cervicales pré-cancéreuses (néoplasies cervicales intra-épithéliales de grade 2 et 2+ et de grade 3 et 3+). L’histoire naturelle du papillomavirus, avec un temps très long entre l’infection et la survenue d’un cancer détectable a retardé la mise en évidence de la preuve de l’efficacité du vaccin contre le risque de cancer. Mais le temps passe, et de premières données intéressantes commencent à apparaître.

C’est le cas avec une étude suédoise, publiée par le New England Journal of Médicine. Elle a été menée à partir des registres de données concernant près de 1,7 millions de jeunes filles et jeunes femmes âgées de 10 à 30 ans entre 2006 et 2017. En Suède, le vaccin contre le HPV a obtenu une autorisation de mise sur le marché en 2006, et, pendant la période considérée, 527 871 femmes ont reçu au moins une dose de vaccin, presque exclusivement le quadrivalent, la grande majorité (83,2 %) avant l’âge de 17 ans.

Réduction du risque de 88 % pour les femmes vaccinées avant 17 ans

Pendant la période d’observation, un cancer cervical a été diagnostiqué chez 19 femmes vaccinées par le vaccin quadrivalent et 538 femmes non vaccinées. L’incidence cumulative est de 47 cas pour 100 000 personnes parmi les vaccinées et 94 cas pour 100 000 chez les non vaccinées. Après ajustement pour toutes les variables (âge, année calendaire, région de résidence, caractéristiques parentales), le risque est diminué de 88 % pour celles vaccinées avant l’âge de 17 ans par rapport à celles qui n’ont pas été vaccinées, et inférieur de 53 % pour celles vaccinées entre 17 et 30 ans.

De précédents travaux, réalisés aussi en Suède, suggéraient que la vaccination pouvait favoriser l’immunité de groupe en terme de verrues génitales. Cet effet n’est pas constaté ici sur le cancer cervical, malgré la vaccination d’au moins 50 % des jeunes femmes nées en 1993 ou plus tard. Pour les auteurs, cela s’explique sans doute par le fait qu’il faut compter entre 5 et 20 ans entre la survenue d’une infection persistante au HPV et le développement d’un cancer.

L’on pouvait certes se réjouir de la réduction des risques de verrues génitales et des lésions pré-cancéreuses révélées dans les travaux successifs. Mais l’objectif principal de la vaccination contre le HPV est de réduire le risque de cancer du col et l’on attendait la confirmation de cette efficacité. Cette étude suédoise nous l’apporte, et c’est une bonne nouvelle.

 Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCE
Lei J et coll. : HPV Vaccination and the Risk of Invasive Cervical Cancer. N Engl J Med 2020;383:1340-8. DOI: 10.1056/NEJMoa1917338