Notre ami François CHAUVEAU est mort cette nuit  9 octobre 2020. Il a beaucoup donné à la Ligue et nous ne pourrons jamais oublier sa verve, sa gaieté, sa  gouaille et son cœur débordant de générosité.

Chacun se souvient de son rire, de son enthousiasme, de son talent de conteur, d’acteur, de sculpteur, d’aquarelliste, son flair de chineur, et son immense curiosité intellectuelle. Chacun se rappelle son extraordinaire interprétation du juré N° 3 des « Douze hommes en colère » pièce qu’il a jouée plusieurs fois pour la Ligue à Péronnas et à Ambérieu. Et après le spectacle, à la « troisième mi-temps » il nous faisait encore pleurer de rire en interprétant « La Madeluche » en patois.

Nous avons eu la chance de pouvoir lui donner le bonheur de jouer à Bourg, le 9 février 2020 « Poussez pas derrière » une pièce qu’il avait écrite. Il se savait malade depuis deux ans, ce fut la seule et unique fois où il l’a jouée, juste avant que la maladie ne le rattrape, qui allait l’emporter. Il avait tenu à venir jouer pour la Ligue. La salle du Vox était pleine, On avait du refuser du monde.

Voici  le texte des dernières pages de sa pièce, passage qu’il avait intitulé « Ode à la vie » :

Vivre avec soi, vraiment ​
Vivre au dedans et au-dessus de soi
Vivre parce que demain est un autre jour
Vivre parce qu’il pleut, parce qu’il fait chaud, parce qu’il fait froid
Vivre et tout ressentir pleinement, au fond de soi
Vivre puisque nous sommes nés pour cela
Vivre sans comprendre mais avec la foi du charbonnier
Vivre d’amour et réinventer la machine à en fabriquer
Vivre parce que je t’aime
Vivre ce petit passage sur terre, mais le vivre intensément
Vivre en piétinant la peur, l’ennui, la bêtise
Vivre pour ceux qui m’ont donné la vie
Et pour remercier Dieu, ou qui vous voudrez, sans lettre de créance
Mais enfin employer le mot merci dans son plus haut sens
Eloignez vous des qualificatifs, des jugements d’après vous
Et préférez toujours le verbe être au verbe avoir
Vivre, malgré tout, avec la dignité de ses échecs
Et n’oubliez jamais que la mort, juste avant,
Nous donne une chance extraordinaire : Celle de vivre.

  ​

Il faut vivre, la mort au-dessus comme un glaive 
Prêt à trancher le fil qui nous retient debout
Il faut vivre partout, dans la boue et le rêve 
En aimant à la fois et le rêve et la boue
Il faut se dépêcher d’adorer ce qui passe 
Un film à la télé, un regard dans la cour
Un cœur fragile et nu sous une carapace
Je veux la chair joyeuse et qui lit tous les livres 
Du poète au polar, de la Bible à Vermot
M’endormir presque à jeun et me réveiller ivre 
Avoir le premier geste et pas le dernier mot
Étouffer d’émotion, de désir, de musique 
Écouter le silence où Mozart, chante encore
Avoir une mémoire hypocrite, amnésique 
Réfractaire aux regrets, indulgente aux remords
Il faut vivre, il faut peindre avec ou sans palette
Et sculpter dans le marbre effrayant du destin 

François CHAUVEAU

Adieu François, merci d’avoir été toi, merci de tout ce que tu nous a offert, adieu notre ami.

Jean Bruhière