Par Sevil Demir Les Echos 26 août 2026
L’Observatoire des sciences et techniques (OST) alerte sur la perte d’influence de la recherche scientifique française depuis deux décennies, à travers divers indicateurs. Dans tous les indicateurs utilisés par l’étude, la recherche française est en baisse
Le constat inquiète sur la place de la recherche française dans le monde. Dans une note publiée ce mercredi, l’Observatoire des sciences et techniques (OST) du Haut Conseil de l’évaluation et de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) propose une « radioscopie d’un décrochage », qui dure depuis déjà plusieurs décennies.
Le rapport, qui analyse l’évolution du positionnement scientifique des pays entre 2005 et 2024, fait état du décrochage de la recherche française, la faisant passer de la 5e à la 10e place mondiale des principales nations scientifiques. Une conclusion fondée sur divers facteurs, comme l’audience, la production ou l’influence des productions scientifiques sur différents secteurs de la recherche, qui met en évidence le risque que ce déclin, déjà présent depuis des décennies, s’accentue.
Une perte d’audience scientifique au détriment de la concurrence
L’OST utilise « l’audience scientifique », un nouvel indicateur, pour évaluer la perception de la communauté académique sur les forces scientifiques des nations étudiées.
Au cours de la période étudiée (2005-2024), le milieu de la recherche a connu une « recomposition globale de sa hiérarchie ». Les Etats-Unis restent au sommet, bien que leur part dans les références mondiales ait diminué de 32,2 %, réduisant l’écart avec les autres nations.
La part chinoise a été multipliée par cinq (3,4 à 17,7 %), là où le « poids » scientifique de la France baisse, lui, de 37,2 %, se faisant dépasser par le Canada, l’Italie, l’Australie et l’Inde. Avec une chute de 58 %, le Japon est le seul pays à connaître une décroissance plus intense que la France. Un « signal préoccupant », qui ne résulte pas seulement du post-Covid mais bien d’une dynamique présente dès les années 2010.
Un décrochage des productions scientifiques françaises
Bien que le flux de production reste positif (+20 % sur la période), les années Covid ont mené à une baisse de production en sciences physiques et de l’ingénieur et en sciences du vivant. Seul le nombre de publications en Sciences Humaines et Sociales reste stable, mais ne participe pas à maintenir la part mondiale de la France à son niveau d’antan (-53,7 %). Ici aussi, seul le Japon connaît une baisse plus nette (-58,6 %), alors que la Chine devance les Etats-Unis depuis 2018 et que des pays arrivent à s’imposer, comme l’Inde, le Brésil ou la Corée du Sud.
Dépassée en volume par les contributions à la production scientifique d’une dizaine de pays, la France connaît aussi un déclin en termes d’impact de ses publications. De 2005 à 2023, l’impact moyen des publications françaises baisse de 10 %, passant en dessous du niveau de référence mondial, tandis que la Chine double son impact sur la même période et que les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis restent les pays à l’indice d’impact moyen le plus élevé.
Erosion de l’influence de la recherche « d’excellence » française
Les productions, tant en quantité qu’en qualité, expliquent en partie la perte d’influence de la recherche française. Même parmi les publications dites « d’excellence » de la recherche française, une baisse est visible. L’OST utilise « la part de publication qu’un pays place dans le top 10 % des publications les plus citées au monde » pour déterminer ce déclin dans l’excellence. De 4 % des contributions d’excellence en 2005, le pourcentage passe à 1,6 %, soit une baisse de 60 % de « contribution française aux publications les plus influentes », et une présence de contributions françaises dans les revues prestigieuses qui, par la même occasion, diminue, au profit de pays qui se sont maintenus ou sont devenus plus influents.
Le rapport insiste, il ne faut pas se fier aux « faits saillants » que sont les récompenses pour la recherche française (prix Nobel, médailles Fields, classements d’universités, etc.), qui représentent « une vision partielle, souvent décalée dans le temps, par rapport à la réalité d’une situation française en décrochage ».
L’OST alerte, l’ascension de nouveaux acteurs ne doit en rien masquer « l’érosion de la position française », qui risque de continuer à s’amplifier si rien n’est fait. Les causes profondes des changements ne sont pas abordées, mais l’observatoire liste des pistes possibles, comme notamment le manque de financements, le poids des procédures administratives, la complexité du paysage institutionnel ou l’attractivité et la gestion des carrières scientifiques.