Le 30 mai 2022 l’Igas (inspection générale des affaires sociales) a rendu son rapport concernant le dépistage organisé des cancers en France.

Il existe à ce jour trois programmes de dépistage organisé : cancer du sein (mammographie tous les deux ans pour les femmes de 50 à 74 ans), cancer colo-rectal (recherche de sang occulte dans les selles tous les deux ans chez les hommes et les femmes de 50 à 74 ans), cancer du col de l’utérus (examen cyto-pathologique du col de l’utérus chez les femmes de 25 à 30 ans puis recherche des papillomavirus à hauts risque entre 30 et 65 ans chez les femmes n’ayant pas eu d’examen dans les délais recommandés).

 

À l’origine les programmes de dépistage étaient organisés à l’échelon départemental. Depuis 2019 ils ont été régionalisés et pilotés par des CRCDC (centre régional de coordination des dépistages des cancers).

Le coût global de ces différents dépistages est estimé à 600 millions d’euros pour des résultats que l’Igas qualifie de décevant car très en-deçà des objectifs nationaux et européens visés.
En effet la participation au dépistage est seulement de 42,8 % pour le cancer du sein, de 28,9 % pour le cancer colo-rectal. La mise en route du dépistage du cancer du col de l’utérus est trop récente pour qu’on puisse en tirer déjà des conclusions chiffrées, mais les premiers résultats sont dans la ligne des deux autres dépistages.

Une des raisons invoquées pour expliquer ce résultat est la multiplicité des structures décisionnelles nationales : direction générale de la santé (DGS), Haute autorité de santé (HAS), Institut national du cancer (InCa), Santé Publique France, agence nationale de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé (ANSM),  sans oublier la commission nationale informatique et libertés (Cnil).

À l’échelon régional l’agence régionale de santé (ARS), en lien avec la caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM), chapeaute les CRCDC, structures de statut associatif, qui eux-mêmes s’appuient sur les professionnels de santé locaux pour la réalisation pratique des dépistages.

La plupart des CRCDC doute de la capacité de décision des décideurs nationaux, qui eux-mêmes doutent de l’efficacité de certains centres régionaux et leur reproche de chercher à prendre une certaine indépendance par rapport au niveau national.

Les nouvelles régions regroupent des espaces très différents les uns des autres, tant sur le plan géographique (relief, climat), que sociologique, économique ou même culturel (langues régionales, traditions populaires), Si les anciennes régions bénéficiaient d’une cohérence liée aux axes de communication et à l’attraction de leur métropole respective, les nouveaux ensembles apparaissent hétérogènes. Ils ont d’ailleurs suscité une vive opposition de certains élus locaux ainsi que d’une partie de la population lors de leur création.

Ainsi la région Auvergne Rhône Alpes va du Cantal à la Suisse et compte 8 millions d’habitants. Elle regroupe des populations sans point commun. Dans ces conditions l’approche des dépistages ne peut être uniforme, et une mise en œuvre régionale est vouée à des imperfections importantes. En outre les effectifs des CRCDC sont notoirement insuffisants, compte tenu de toutes les missions qui leur sont imposées.

Les experts de l’Igas ont ainsi conclu que « la régionalisation en elle-même n’apportait aucune réponse à la question que posait la stagnation, voire la régression des taux de participation au dépistage organisé ».
Ils ont conseillé de « repenser les actions des CRCDC, et de laisser plus de marge d’action aux acteurs locaux ».

Les chiffres des dépistages organisés en France en 2020 (ils se sont détériorés depuis du fait des confinements liés à la CoViD)

Dépistage organisé du cancer du sein : 42,8 %
Cible européenne souhaitée : 70 %
Guyanne 17,5 %, Corse 33,1 %, Île-de-France : 36,3 %
Normandie 52,4 %, Pays de Loire 52,6 %

Dépistage organisé du cancer colo-rectal : 28,9 %
Cible européenne souhaitée : 65 %
Autriche et Danemark > 80 ¨%
Guyanne 9 %, Corse 14,9 %, Paris 17 %, Haut-Rhin 42,9 %, Bas-Rhin 42,2 %, 

Dépistage organisé du cancer du col de l’utérus : 58,2 %
Irlande 77 %, Royaume Uni 75 %, République Tchèque 76 %

 

Pour en savoir plus, consulter le site de l’Igas