Par Dr Nathalie Szapiro – publié le 9 septembre 2025 in Le Quotidien du Médecin n° 10078, vendredi 12 septembre 2025
En direct de la SPLF (Société de Pneumologie de Langue Française)
Quelque 33 000 décès annuels sont imputables à un diagnostic trop tardif du cancer du poumon. Le principe d’un dépistage organisé est acté et les médecins généralistes qui souhaitent y participer y ont toute leur place.
En attendant la prochaine mise en place du dépistage organisé du cancer bronchopulmonaire à l’échelle nationale, le programme pilote Impulsion, conduit par l’Inca et promu par l’AP-HP, doit débuter d’ici à la fin de cette année, avec 20 000 participants volontaires, avant d’être progressivement déployé sur tout le territoire autour de 2030.
Les personnes éligibles et volontaires pourront prendre directement contact avec le programme Impulsion au 34 33 (centre d’appel national qui sera mis en place dans quelques mois) ou se renseigner sur www.depistage-cancer-poumon.fr (site en cours de construction). Les médecins généralistes souhaitant participer en tant que médecins investigateurs peuvent prendre contact avec le Collège national des généralistes enseignants.
Pour qui et sous quelle forme ?
Le tabac est responsable de 80 % des cancers bronchiques. « Ce dépistage est donc proposé aux personnes de 50 à 74 ans en bonne santé, des deux sexes, avec une intensité de tabagisme assez forte, c’est-à-dire au-delà de 20 paquets-années (soit au moins 1 paquet par jour pendant vingt ans ou 2 paquets par jour pendant dix ans ou 1 demi-paquet par jour pendant quarante ans). Il doit enfin s’agir de personnes qui fument encore ou qui ont arrêté il y a moins de quinze ans, énumère le Pr Sébastien COURAUD (Hospices civils de Lyon). Pour l’instant, les autres facteurs de risque ne sont pas pris en compte pour être éligible au dépistage organisé. En revanche, sont écartés ceux qui ne pourraient pas supporter une éventuelle intervention chirurgicale en raison d’autres comorbidités. »
34 33 = C’est le numéro du centre d’appels national pour se porter volontaire. Il sera mis en place prochainement, de même que le site www.depistage-cancer-poumon.fr
Le dépistage repose à la fois sur un scanner thoracique faiblement dosé sans injection de produit de contraste et, pour ceux qui n’ont pas arrêté de fumer, sur une consultation de sevrage tabagique.
« Il est assez rare de rencontrer des fumeurs qui refusent de se soumettre au dépistage, sans doute parce qu’ils sont assez conscients des risques qu’ils prennent en fumant. Néanmoins, une astuce pour les motiver – surtout si la consultation a un tout autre motif, comme c’est souvent le cas en médecine générale – est de leur montrer que beaucoup de problèmes de santé pour lesquels ils consultent sont liés au tabac. Il faut aussi insister sur le fait qu’un scanner faiblement dosé n’est ni douloureux, ni invasif, souligne le Pr COURAUD. Quand le patient repart avec sa prescription de scanner, des explications et un rendez-vous, il est très rare qu’il ne vienne pas. » En Rhône-Alpes, outre les acteurs traditionnels, un camion itinérant permet de bénéficier de ce scanner de dépistage sans avoir à se déplacer.
Et après le scanner ?
Dans le cadre du projet Impulsion, le scanner devra être fait par un radiologue certifié. À la demande des autorités de santé, ce principe d’une double lecture par un radiologue va être testé versus avec l’IA. « Comme la personne qui se fait dépister est en bonne santé, il s’agit de faire attention à ne pas décrire tout type d’anomalie incidente qui pourrait surtout prêter à investiguer pour rien et paniquer le patient. En revanche, le radiologue va évidemment décrire la présence éventuelle d’un emphysème pulmonaire, de calcifications coronaires, d’une ostéoporose ou d’un anévrysme de l’aorte thoracique », poursuit le Pr COURAUD.
Même si le scanner est normal, le suivi tabacologique reste d’actualité ; un nouveau scanner est requis un an après, et ensuite tous les deux ans. Si un examen revient indéterminé (c’est le cas de 10 à 25 % des scanners de dépistage réalisés chez les fumeurs), cela signifie qu’une anomalie a bien été détectée mais qu’elle nécessite un nouvel examen pour évaluer son évolution : elle peut par exemple disparaître si c’est un stigmate d’infection. Ce nouveau scanner de dépistage est à refaire à 3 ou 6 mois selon les cas. « Un médecin appellera pour prévenir afin d’éviter que le patient ne s’inquiète en recevant des conclusions indiquant qu’une anomalie a été repérée », précise le Pr COURAUD.
Si, en revanche, le scanner revient positif (nodule avec toutes les caractéristiques cancéreuses), le patient doit être adressé dans les trois semaines à un pneumologue en vue d’une réunion de concertation multidisciplinaire en oncologie thoracique : dans 60 % des cas, il s’agit bien d’un cancer et, dans 40 % des cas, d’une lésion bénigne. D’autres examens sont réalisés pour en savoir plus et, si cancer il y a, une chirurgie est programmée.
Quotidien du médecin n° 10078, vendredi 12 septembre 2025
Entretien avec le Pr Sébastien COURAUD (Lyon)