Des records il en détient de nombreux, qui ne sont pas olympiques, mais qui ont été conquis en profitant de l’addiction mortifère à la cigarette.
Entretien avec Nick O’TEEN, industriel chevronné du tabac.

Le tabac provoque chaque année 8 millions de décès dans le monde, et reste la première cause de mortalité évitable. En tant que représentant de cette industrie, que pensez-vous de ces records de la honte ? 

Quand on veut mener de grandes aventures entrepreneuriales, il faut viser de grands profits, on ne peut pas se permettre de s’arrêter à ce genre de détails. Vous savez combien ça pèse le tabac ? 54 milliards de bénéfices à travers le monde ! Eh oui, notre produit plait. Il se vend bien. S’il y a 6 000 milliards de cigarettes manufacturées chaque année, ce n’est pas pour rien. Nous, les cigarettiers, on est des géants !

Votre produit plait effectivement : la nicotine a rendu accros plus de 1,3 milliards de fumeurs sur la planète, un autre de vos odieux records. 

C’est vrai qu’on a bien bossé. Comme je dis toujours : la clope, l’essayer c’est l’adopter ! Notre stratégie mise sur les jeunes, parce qu’on sait que 90 % des fumeurs quotidiens le sont devenus avant l’âge de18 ans. On fait donc en sorte que fumer paraisse «  classe » et relaxant,  pour qu’ils aient envie d’y goûter. Ils tirent quelques bouffées et tac, on chope de nouveaux clients. Malin, non ? En France on séduit comme ça 200 000 mineurs chaque année. Le pactole !

 

 En parlant de jeunes, vous exploitez 1,3 millions d’enfants dans les champs de tabac. Chaque jour ils absorbent par la peau une quantité de nicotine énorme, qui provoque chez eux des intoxications. Comment justifiez-vous cela ?

Voyez plutôt le verre à moitié plein : Nous créons des emplois dans les zones où sont cultivés les champs de tabac, et cette main d’œuvre peu chère nous permet d’augmenter nos marges. Ça mon cher, c’est une entreprise bien gérée.

Avez-vous la moindre idée de ce que vous coûtez à l’État ? Cela représente 2 300 € par Français pour supporter les dégâts causés par votre industrie, soit un coût social de 156 milliards d’euros par an.

Vous n’allez pas reprocher à des businessmen de faire du business non ? Notre boulot n’est pas de penser aux conséquences, mais de faire du bénéfice. D’ailleurs vous oubliez que les taxes sur les paquets de cigarettes rapportent16 milliards de recettes fiscales à l’État chaque année. Bon, OK, le compte n’y est pas, loin de là. Mais ça, vous n’êtes pas obligé de le dire.

Pensez-vous aux 4 500 milliards de mégots jetés dans la nature chaque année, qui contiennent au moins 7 000 produits toxiques, qui ne disparaissent jamais et ont des conséquences désastreuses sur la biodiversité ?

L’environnement moi, vous savez, ce n’est pas une passion dévorante. Mais comme c’est à la mode, on verdit notre image en distribuant des cendriers de poche, en finançant des collectes de mégots sur les plages, et tout le tralala.

Pourquoi la loi vous permet-elle de continuer votre travail malgré des conséquences néfastes assumées ?

Croyez-en quelqu’un qui a du métier : La loi, avec un peu d’argent, on la plie à sa bonne volonté. Chaque année mes amis cigarettiers et moi dépensons a minima 20 millions d’euros pour des activités d’influence en Europe, sans compter notre réseau de lobbyistes, habiles pour se faufiler auprès des décideurs politiques et les influencer.Soyez serein, l’industrie du tabac a encore de longues et belles années devant elle.

Publié par « ALLIANCE CONTRE LE TABAC »
alliancecontreletabac.org