Mammographies dangereuses, traitements naturels… En riposte à la désinformation
médicale, le ministère de la Santé lance, ce mercredi, un observatoire ad hoc, promis depuis plus d’un an.
« La désinformation en santé est un lent poison mortel. C’est l’une des principales menaces pour notre santé publique », a déclaré ce mercredi la ministre Stéphanie RIST face à la presse en préambule de son annonce de la création d’un observatoire de la désinformation en santé. L’objet de ce nouvel outil ? Mieux détecter, analyser et répondre aux fausses informations, mais aussi procéder à la documentation de ce phénomène, en détecter « les signaux émergents » et partager « des informations scientifiques fiables ».
Pour mémoire, cette structure avait été promise en avril 2025 par l’ancien ministre de la Santé Yannick NEUDER, avant d’être reprise par l’actuelle dans la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, annoncée il y a 10 mois.
Selon Yannick NEUDER il faut un label pour les personnalités ou instituts fiables..
Cette politique publique de défense de la science s’incarnera d’abord à travers la création prochaine d’un « observatoire » pour lutter contre la désinformation en santé. Il « ne sera pas une énième réunion », promettait Yannick NEUDER. « Je souhaite mettre cet observatoire en route pour que le ministère indique très régulièrement toutes les fake news qui se sont propagées ces dernières semaines sur les réseaux sociaux », avait-il précisé au micro de France Inter.
Il s’agissait aussi de mettre en place un « programme national d’éducation critique en santé » en lien avec l’Éducation nationale. L’exécutif entendait « proposer des formations citoyennes gratuites » en santé publique (bienfaits de la vaccination, dangers de l’alcool, du tabac, des drogues), et susciter une « mobilisation citoyenne, en particulier des soignants afin de mieux diffuser des informations vérifiées sur les réseaux sociaux ».
Des propositions qui pourraient évoluer à l’issue de travaux menés par les groupes de travail lancés dans la foulée du colloque.
Le ministre avait encore suggéré un « label » pour distinguer des personnalités, instituts, et sites à l’origine d’une information médicale fiable, et la désignation d’« ambassadeurs ». « Au pays de Pasteur, il faut remettre des éléments de décision scientifiques et continuer d’exercer une médecine fondée sur les preuves. Les soignants doivent en être les ambassadeurs », avait-il déclaré
Yannick NEUDER souhaitait enfin renforcer l’implication « déterminante » des plateformes numériques dans cette lutte, alors que certains géants du numérique « prennent le sens inverse et réduisent au contraire leur politique de modération ». Et il évoquait la possibilité de saisir l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique).
Interrogé sur le développement des pratiques de soins non conventionnelles, y compris dans certains établissements de santé, épinglé dans le récent rapport de la Miviludes sur les dérives sectaires, Yannick NEUDER avait déclaré qu’il regarderait « avec attention » que l’on ne véhicule pas « nous-mêmes de fausses informations ». « Je vais réinsister sur la nécessité d’avoir des démarches rationnelles, que ce soit en ville, à l’hôpital, ou dans ce ministère », avait-il affirmé. Et « il ne sortira rien de ce ministère (…) qui n’irait pas dans le sens de la lutte contre l’obscurantisme », avait-il répliqué, à une question sur l’éventuelle création, avec le feu vert de ses services, d’une instance de régulation de la profession d’ostéopathe – une pratique de soins non conventionnelle.
Vaccination, cancer, alimentation : la désinformation en santé est « massive » et les réseaux sociaux ont « provoqué l’industrialisation de la fabrique du mensonge », a affirmé Stéphanie RIST. Ainsi, selon un sondage réalisé en ligne du 6 au 12 mars et dévoilé ce mercredi par le ministère de la Santé, sur un échantillon d’environ 2 000 personnes, près de quatre Français sur 10 (38 %) pensent être exposés à des informations fausses en matière de santé au moins une fois par mois, voire une fois par semaine pour 18 % d’entre eux. Trois Français sur 10 estiment aussi avoir déjà suivi une recommandation erronée, avec comme conséquence l’interruption d’un traitement (32 %) ou le retard d’une consultation médicale (34 %).
En plein Octobre rose, mois de sensibilisation au dépistage du cancer du sein, le ministère pointe la dangerosité des fausses informations sur cette maladie, « que ce soit le dépistage, les mammographies, les traitements, les effets secondaires ou les pratiques alternatives ».
En pratique, l’observatoire de la désinformation, appuyé par une expertise scientifique indépendante, exercera une veille continue, publiera des baromètres et des recherches, et pourra animer des groupes de travail, a précisé le cabinet de la ministre. Il s’appuie aussi sur un « dispositif d’infovigilance » chargé notamment d’organiser concrètement la « riposte ».
Ce deuxième outil repose sur une communauté d’acteurs publics (agences régionales de santé, institut de recherche) pour faire remonter des « signaux faibles » de désinformation circulant sur les réseaux sociaux ou constatés sur le terrain. Des experts pourront ensuite produire des éléments de réponse diffusés sur le site Santé.fr et les réseaux sociaux, notamment TikTok, via un nouveau compte dédié, « Le CheckUp ».
Ce réseau social a été privilégié, justifie le ministère, car il « rassemble le plus de cas de désinformation » et touche particulièrement les jeunes. Dans certains cas, le ministère pourra répondre en « quasi-direct » en « commentaire » aux posts viraux « véhiculant de la désinformation ». Et même si, côté moyens, aucune « enveloppe spécifique » n’est prévue pour ces dispositifs, la démarche devrait satisfaire le Conseil national de l’Ordre des médecins. L’association médicale mondiale, qui représente les médecins du monde entier et au sein de laquelle siège le Cnom, venait d’insister, la veille, sur la nécessité de mettre en œuvre des mesures pour « protéger la santé publique contre les effets néfastes des allégations de santé inexactes ou trompeuses ».
Illustrations obtenues par IA