L’édition 2025 du congrès de l’American Society of Clinical Oncology (Asco), qui s’est déroulé à Chicago du 30 mai au 3 juin, a confirmé le dynamisme de la recherche oncologique, avec une place accrue de l’immunothérapie, des anticorps conjugués et des thérapeutiques ciblées, et l’arrivée de stratégies reposant sur l’analyse de l’ADN tumoral circulant ou, de façon plus surprenante, les champs électriques.
L’immunothérapie en première ligne
Ayant déjà largement fait ses preuves dans les stades métastatiques, l’immunothérapie remonte en première ligne dans le traitement de cancers solides variés (ORL, digestifs…), ce qui pourrait améliorer notablement les chances de guérison.
Cancer bronchique : une identification moléculaire des risques
L’utilisation du test moléculaire RiskReveal permet de repérer les patients devant bénéficier d’une chimiothérapie adjuvante dans les stades précoces de cancer bronchique non à petites cellules.
Le recrutement des malades pour l’essai a été arrêté de façon prématurée en raison d’un excès d’efficacité.
Les avancées ont été importantes dans le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) aux stades évolués. Toutefois, dans les stades plus précoces, les progrès demeurent insuffisants. Même au stade 1A, le taux de survie sans progression n’atteint que 65 % à cinq ans. Pour faire encore mieux et au vu de résultats préliminaires, des oncologues ont imaginé recourir au test RiskReveal, qui analyse l’expression de 14 gènes, de façon à identifier les patients avec un CBNPC non épidermoïde (adénocarcinome, carcinome à grandes cellules…) de stade 1A ou 2A, qui pourraient bénéficier d’une chimiothérapie adjuvante, actuellement non proposée systématiquement.
Place aux anticorps conjugués dans les cancers du sein HER2+ ou triple négatifs.
L’utilisation d’anticorps conjugués ralentit la progression tumorale dans les cancers du sein HER2+ ou triple négatifs.
Les données de l’étude Destiny-Breast09, réalisée chez 1 157 patientes, présentées par la Pr Sara Tolaney (Dana-Farber Cancer Institute, Boston), suggèrent que ce traitement standard THP pourrait être remplacé par un anticorps conjugué, le trastuzumab déruxtécan, combinant thérapie ciblée contre HER2 et antimitotique, en association avec le pertuzumab.
Cancer de vessie : L’ADN tumoral circulant résiduel, paramètre pronostique après cystectomie.
L’étude de phase 3 Niagara a démontré, sur 1 063 malades, l’intérêt en termes de survie sans progression et de survie globale d’associer le durvalumab, un anti-PD-L1, en périopératoire et sur une durée totale d’un an, à une chimiothérapie néadjuvante par cisplatine gemcitabine avant cystectomie dans les tumeurs de vessie localisées de type carcinome épithélial (TVIM).
Une nouvelle analyse sur 462 patients, présentée par le Pr Thomas Powles (Queen Mary University, Londres), a révélé que de l’ADN tumoral circulant pouvait être décelé (par test Signatera) chez 57 % des patients avant traitement.
L’ADN pour suivre et doubler le cancer du sein métastatique
Pour la première fois en cancérologie, dans le cancer du sein métastatique hormonodépendant, un traitement, le camizestrant, a été utilisé pour bloquer une résistance émergente repérée par détection de l’ADN tumoral circulant.
Les anti-Parp aussi dans les cancers prostatiques mutés
L’addition de niraparib prolonge la survie sans progression radiographique dans les cancers prostatiques métastatiques avec des anomalies des gènes de réparation, traités par abiratérone. Les malades, qui pour la majorité présentaient un cancer agressif et parfois avancé, ont reçu, en plus d’un traitement standard à base d’acétate d’abiratérone et de prednisone, soit un placebo soit du niraparib. Le temps médian de survie sans progression radiographique a été de 29,5 mois sous placebo, tandis qu’il n’était pas encore atteint dans le groupe niraparib lors du suivi (30,8 mois). Ce qui correspond à une réduction du risque de 37 % avec un effet particulièrement net, 48 %, dans le sous-groupe des 55,6 % de malades avec une altération BRCA1 ou BRCA2.
Une association anti-Braf-anti-VEFR et chimiothérapie dans le cancer du côlon métastatique Braf muté
Entre 8 à 12 % des patients avec un cancer du côlon métastatique sont porteurs de mutations Braf V600E. Ces tumeurs agressives sont moins sensibles à la chimiothérapie, et le risque de décès est doublé par rapport à des cancers coliques sans mutation. L’étude Breakwater, entreprise chez 637 patients, suggère que l’association d’un anti-Braf, l’encorafénib, avec un anti-EGFR, le cétuximab, prolonge la survie.