La Croix, jeudi 15 juin 2023, Pascal CHARRIER
Les sénateurs doivent examiner jeudi 15 juin 2023 une proposition de loi visant à mettre en place un registre national des cancers, afin d’améliorer la prévention, le suivi et le traitement de la maladie selon les promoteurs du texte.
Les registres existants ne couvrent que certains territoires ou certains types de cancer.
Combien de cas de cancers sont dénombrés chaque année en France ? À cette question, les spécialistes ne peuvent répondre que par une estimation–382 000 nouveaux cas ont été recensés en 2018, selon les dernières statistiques connues, un chiffre établi par extrapolation.
Il n’existe en effet pas de registre national des cancers, mais une série de 27 registres qui concernent des zones géographiques précises à l’image des départements et régions d’outre-mer, ou des pathologies spécifiques comme les cancers pédiatriques. Ces données couvrent actuellement 22 % de la nation française.
Une proposition de loi être examiné au Sénat jeudi 15 juin à ce sujet. Elle vise à créer un registre national des cancers.
« Il est vraiment essentiel d’avoir des données exhaustives, et cela dans tous les domaines en matière de lutte contre le cancer, que l’on parle de prévention, d’identification de nouveaux facteurs de risque, ou de dépistage » plaide Sonia de La Provôté, sénatrice du Calvados (union centriste) et médecin de formation, qui est à l’origine de ce texte.
« Avec 22 % de la population suivie, on approche évidemment de la vérité pour les gros chiffres, par exemple pour le taux d’incidence. Mais pour des suivis plus fins, nous ne disposons pas de l’outil nécessaire ».
La démarche est soutenue par la Ligue nationale contre le cancer. « Il est absolument indispensable d’avoir un état des lieux précis, de savoir quels sont les pathologies, quelles sont les progressions concernées par ces pathologies, pour essayer de comprendre, territoire par territoire, population par population, quelle est la situation, insiste le professeur Daniel Nizri, président de l’association. « Comment peut-on imaginer pouvoir réfléchir à des stratégies ciblées si on n’a pas de carte ? Et ce n’est pas seulement valable pour le cancer ».
Ce type d’outil existe à l’étranger et un réseau européen des registres du cancer (ENCR) a été mis en place. « On est d’autant plus convaincu d’adopter la proposition de loi que la France est l’un des mauvais élèves en Europe, reprend le dirigeant associatif. Je ne fais pas de lien de cause à effet, mais comme par hasard, dans les pays où il y a des registres nationaux, les opérations de dépistage sont visiblement plus probantes et on y constate l’amélioration de l’adhésion des populations à ces actions »
Si ce registre devait être créé, il serait placé sous l’égide de l’Institut national du cancer (INCa) mais les responsables de l’organisme restent mesurés quant à l’intérêt de cette création. « Cela apporterait un peu plus de précision, sans forcément changer fondamentalement les analyses que nous sommes déjà en position de faire à partir des registres existants, qui sont des points d’appui extrêmement précieux pour définir les politiques de santé publique », indique Thierry BRETON directeur général de l’INCa.Ce n’est pas une mesure négative. Mais de notre point de vue, son rapport bénéfice-coût n’est pas suffisamment intéressant, compte tenu des autres besoins qui peuvent exister en matière de cancérologie ».
Car ce nouvel outil a un coût, estimé par l’INCa à 21 millions d’euros par an, notamment pour financer les postes des attachés de recherche qui collectent les informations. Deux registres supplémentaires doivent par ailleurs être lancés dans des zones urbaines concernés par des risques environnementaux. Près de 30 % de la population française sera alors couverte.