Un test sanguin améliorerait significativement le dépistage organisé du cancer du poumon

Quotidien du Médeci Par Damien Coulomb –  20/05/2026

Alors que la France recrute les premiers participants à son programme pilote de dépistage organisé du cancer du poumon, Impulsion, des chercheurs préparent déjà la prochaine étape : son amélioration à l’aide d’un test sanguin. Une étude rétrospective montre qu’un tel outil permettrait d’intégrer 80 % des personnes qui auront un cancer dans l’année à venir.

 

Depuis les résultats des études Nelson et NLST, on sait l’effet sur la mortalité par cancer du poumon d’un dépistage organisé fondé sur les facteurs de risque (personne ayant fumé plus de 15 cigarettes par jour pendant plus de vingt-cinq ans ou plus de 10 cigarettes par jour pendant plus de trente ans ou ex-fumeur ayant cessé l’intoxication depuis moins de dix ans). Toutefois, des cas peuvent survenir chez d’anciens fumeurs qui sortent de ces critères et ne sont pas éligibles au dépistage organisé. Selon un nouveau travail mené par les chercheurs du centre international de recherche sur le cancer de Lyon (Circ), un test sanguin pourrait améliorer la sélection des participants au dépistage organisé, comparativement à l’application des critères de sélection habituels.

Les chercheurs se sont appuyés sur une importante cohorte d’anciens fumeurs constituée par le consortium du cancer du poumon (Lung Cancer Cohort Consortium, ou LC3). Soit un échantillon plus vaste que celui étudié pour leurs précédents travaux publiés en 2018. Tous les participants de cette cohorte bénéficient de dosages sanguins réguliers de plus de 1 000 protéines sanguines, dont on suspecte qu’elles puissent renseigner sur le risque de survenu d’un cancer du poumon.

 

Une modélisation du risque plus intégrée

Selon leur étude publiée dans le Jama, les chercheurs du Circ ont commencé par identifier 13 protéines sanguines sur ces 1 000 candidates possibles. Le dosage combiné de ces 13 protéines permet d’évaluer le risque de cancer du poumon à travers une modélisation du risque appelée Integral (Integrative Analysis of Lung Cancer Risk and Etiology) qui intègre aussi d’autres informations comme l’âge ou les antécédents de tabagisme.

Ce modèle a été validé en l’appliquant sur les données rétrospectives de 3 700 anciens fumeurs de la cohorte LC3. En comparant les résultats obtenus grâce à Integral et ceux obtenus avec les facteurs de sélection classique obtenus via un questionnaire sur les antécédents de tabagisme, les auteurs ont constaté qu’Integral permettait de sélectionner 85 % des patients qui ont eu un cancer du poumon dans l’année qui a suivi, alors que les questionnaires n’en identifiaient que 70 %.

Cette efficacité était moins prononcée pour identifier les membres de la cohorte qui ont eu un cancer plus d’un an après le test mais elle restait significative. Les chercheurs précisent que la différence d’efficacité était la même dans tous les sous-groupes ethniques de patients.

« Notre but n’est pas de remplacer le dépistage organisé du cancer du poumon par un test sanguin, insiste la Dr Hilary Robbins, chercheuse du Circ et première autrice de l’étude. En revanche, nous pouvons en améliorer le fonctionnement. Nos résultats montrent que les biomarqueurs sanguins pourraient jouer un rôle important dans la prochaine génération de stratégies de dépistage du cancer du poumon. »

Cancer du poumon : coup d’envoi du recrutement des volontaires du programme pilote de dépistage

Quotidien du Médecin Par Damien Coulomb – 19/05/2026

Lancé il y a un an, le programme pilote national français Impulsion commence enfin ses premières inclusions dans cinq régions. À terme, 20 000 fumeurs et ex-fumeurs âgés de 50 à 74 ans devraient y participer. Les médecins sont invités à sensibiliser leur patientèle.

 

La ministre de la Santé, la Dr Stéphanie Rist, a annoncé le début officiel de l’inclusion des premiers patients dans le programme pilote Impulsion (IMplémentation du dépistage du cancer PULmonaire par Scanner en populatION) de dépistage du cancer du poumon en France. Ce recrutement commence dans cinq régions (Île-de-France, Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Hauts-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes) et doit servir à déterminer les contours d’un programme national, généralisé sur l’ensemble du territoire français.

L’Inca, qui supervise Impulsion, a pour objectif de recruter d’ici à 2027 quelque 20 000 fumeurs et anciens fumeurs ayant arrêté depuis moins de quinze ans, âgés de 50 à 74 ans. L’institut finance ce programme à hauteur de six millions d’euros, auquel s’ajoute un financement complémentaire des agences régionales de santé et de la direction générale de la santé. Impulsion est co-coordonné par la Pr Marie-Pierre Revel (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) et le Pr Sébastien Couraud (Hospices Civils de Lyon).

Le cancer du poumon touche chaque année 53 000 personnes en France, et est à l’origine de près de 30 900 décès

Les patients sélectionnés vont bénéficier d’un scanner thoracique à faible dose et d’une aide au sevrage tabagique pour les fumeurs actifs. Dans chaque région, 5 à 15 centres de radiologie habilités à réaliser ces scanners dans le cadre de cette recherche, ouvriront progressivement au cours de l’étude.

 

13 000 vies potentiellement sauvées en cinq ans

Les professionnels de santé des cinq régions participantes sont invités à identifier des patients répondant aux critères de sélection, à les sensibiliser et à les orienter vers un médecin investigateur, un centre d’examen de santé participant, la plateforme d’appel national 34 33 ou vers le site du programme : depistage-cancer-poumon.fr.

Le médecin investigateur vérifie l’éligibilité du patient et peut réaliser directement la consultation d’inclusion et finaliser l’inscription. Le volontaire peut aussi remplir un questionnaire d’éligibilité sur le site du programme pilote ou via sa plateforme téléphonique. Dans tous les cas, son médecin traitant sera informé de sa participation. Il pourra aussi être contacté pour recueillir des données sur le devenir de ses patients et sera destinataire des comptes rendus des scanners de dépistage.

Le cancer du poumon touche chaque année 53 000 personnes en France, et est à l’origine de près de 30 900 décès. Il s’agit du cancer le plus meurtrier dans notre pays. Diagnostiqué à un stade avancé, le taux de survie à cinq ans n’est que de 20 %. La détection précoce du cancer du poumon permettrait de réduire de 20 à 25 % la mortalité spécifique par ce cancer. En France, cela représenterait 13 000 décès évités sur cinq ans.