Quotidien du Médecin, par Elsa Bellanger – Publié le 23/02/2026

Les femmes atteintes d’un cancer du sein de stade IV dépisté par mammographie ont 60 % de chances de survie dix ans après le diagnostic, contre moins de 20 % chez celles qui n’avaient pas participé à un programme.
Quel que soit le stade auquel le cancer du sein est détecté, les programmes de dépistage organisé ont des bénéfices en améliorant le taux de survie, rassurent des chercheurs du King’s College de Londres, de l’université Queen Mary de Londres et de l’université du Danemark du Sud. Selon leurs travaux, les femmes dépistées à un stade IV par mammographie ont 60 % de chances de survie globale dix ans après le diagnostic. C’est trois fois plus que les femmes atteintes d’un cancer de même stade non dépisté.

« Nos résultats montrent que le mode de détection du cancer du sein peut influencer les chances de survie des patientes », résume la Dr Amy Tickle, autrice principale de l’étude, menée dans le cadre de son doctorat au King’s College de Londres et publiée dans le Journal of the National Cancer Institute.

L’analyse a consisté à croiser les données danoises de dépistage du cancer du sein entre 2010 et 2019 avec les registres nationaux de mortalité de 2010 à 2022. Sur les 817 128 femmes dépistées incluses dans l’analyse, 32 827 étaient atteintes d’un cancer du sein, dont 8 % de stade III ou IV. Les chercheurs ont ensuite comparé la mortalité chez les femmes atteintes d’un cancer du sein à celle des femmes sans cancer afin d’estimer la surmortalité liée à ce cancer.

 

Plus de chances d’être éligible à la chirurgie

« Nous avons examiné la survie des femmes dont le cancer du sein a été détecté par dépistage, celle des femmes n’ayant jamais été dépistées et celle qi ont déjà été dépistées mais dont le cancer n’avait pas été détecté lors du dépistage. Pour les femmes atteintes d’un cancer du sein de stade I, II ou III, la survie ne variait pas en fonction des antécédents de dépistage, explique Peter Sasieni, épidémiologiste à l’université Queen Mary de Londres. En revanche, pour le cancer du sein de stade IV, nous avons été surpris de constater que le pronostic des femmes dont le cancer a été détecté par dépistage était similaire à celui des femmes atteintes d’un cancer du sein de stade III ». À cinq ans, le taux de survie des femmes avec un cancer de stade IV dépisté (74,7 %) était comparable à celui des femmes symptomatiques de stade IIIc n’ayant jamais participé au dépistage (72,6 %).

L’étude montre que les cancers diagnostiqués par dépistage à un stade IV présentaient une plus grande probabilité de recours à la chirurgie : 67 % des patientes dépistées lors d’un programme ont subi une intervention chirurgicale (contre 23 % des femmes n’ayant jamais eu de dépistage et 27 % des femmes symptomatiques ayant déjà eu un dépistage). Autrement dit, malgré la propagation tumorale, une ablation complète pouvait être envisagée. Le dépistage augmente ainsi les chances de démarrer à temps un traitement efficace.

Malgré ses 20 ans d’existence, le dépistage organisé du cancer du sein encore à la peine

Quotidien du Médecin, par Elsa Bellanger – Publié le 20/12/2024

Pour amplifier la participation au dépistage organisé du cancer du sein, qui atteint moins d’une femme éligible sur deux, loin de l’objectif européen de 70 %, les professionnels se mobilisent.
Grâce au dépistage organisé, six cancers du sein sur 10 sont diagnostiqués à un stade précoce. 

Moins d’une femme éligible sur deux (46,5 %) a participé au dépistage organisé (DO) du cancer du sein en 2022-2023, un recul par rapport à la période 2021-2022 (47,7 %). Si, chaque année, 10 à 15 % des femmes n’y participant pas réalisent un dépistage individuel, la couverture reste en retrait de l’objectif européen de 70 %.
Mise en place en 2004, la mesure cible les femmes âgées de 50 à 74 ans, sans symptôme ni autre facteur de risque que l’âge. Elles sont invitées à effectuer une mammographie de dépistage complétée par un examen clinique des seins. Une deuxième lecture de la mammographie est effectuée par un radiologue différent de celui qui a mené l’examen initial.

Un pic de participation en 2012

Grâce au DO, 6 cancers du sein sur 10 sont diagnostiqués à un stade précoce. Le taux de détection de cancer apparaît en augmentation régulière, en cohérence avec l’augmentation observée de l’incidence du cancer du sein en population générale et à la faveur de l’amélioration des pratiques de dépistage.
Malgré ses bénéfices, le DO ne suscite pas une participation suffisante. Après avoir augmenté jusqu’en 2011-2012, pour atteindre un pic à 52,3 %, la participation au programme a diminué progressivement, pour toutes les tranches d’âge et dans toutes les régions. Une baisse importante a été observée en 2020, en raison de l’épidémie de Covid. Et si un rattrapage est intervenu en 2021, les niveaux atteints ne rejoignent pas le pic de 2012 et la participation ne parvient pas à décoller.

La situation mobilise les professionnels, alors que le cancer du sein provoque 12 000 décès par an. Depuis le 1er janvier 2024, l’Assurance-maladie a repris la main sur l’envoi des invitations et des relances, auparavant géré par les Centres régionaux de coordination de dépistage des cancers (CRCDC). Dans un rapport, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) pointait d’importantes variations territoriales, justifiant un pilotage national. Les CRCDC gardent la charge du suivi des dépistages, de la formation et de l’information des professionnels et de « l’aller vers » auprès des populations les moins participantes.

Des actions ciblées sur les populations éloignées des soins

L’Assurance-maladie, forte de son expérience pendant la première campagne vaccinale contre le Covid, a également créé sept plateaux d’appels téléphoniques pour relancer les populations les plus éloignées des soins. Les discours « motivants » des appelants sont efficaces pour gagner « quelques points » de participation, assure la Dr Catherine Grenier, responsable des usagers de la Caisse nationale d’Assurance-maladie (Cnam). Cette dernière met aussi à disposition de chaque médecin traitant des informations sur ses patients éligibles non dépistés.

La Haute Autorité de santé (HAS) propose par ailleurs des évolutions. Dans un avis publié en 2023, elle recommande l’introduction de la tomosynthèse (3D) dans le DO, à condition qu’elle soit systématiquement associée à la reconstruction d’une image 2D synthétique (3D + 2Ds). La technique est utilisée en France depuis 2009, en dehors du DO, chez des femmes à haut risque de cancer du sein ou dans le cadre de la surveillance d’un cancer diagnostiqué. En parallèle du déploiement progressif de cette procédure, la HAS recommande le maintien de la mammographie 2D, la 2Ds n’étant pas utilisable en deuxième lecture sans dématérialisation de l’envoi des clichés.