PubMed : National Library of Medicine 03 déc 2025
Sylvie LE GAC, Courbevoie
Les légumes sont bons pour la santé, une vérité universellement reconnue et une nouvelle fois démontrée dans une étude réalisée par l’Institut Curie et Inserm ; en effet, l’absence d’indole-3-carbinol, composé présent dans les crucifères, induit un dysfonctionnement au niveau des lymphocytes T cytotoxiques et diminue l’efficacité de l’immunothérapie. Illustrant l’importance de comprendre les relations entre nutrition et immunité, ces résultats sont publiés dans Nature Communications le 2 décembre 2025.
Les réponses aux traitements anticancéreux sont aujourd’hui reconnues comme étant modulées par de multiples facteurs environnementaux, parmi lesquels l’alimentation occupe une place majeure. Plusieurs travaux ont déjà montré que la composition du microbiote intestinal — elle-même influencée par notre régime alimentaire — peut conditionner l’efficacité de certaines immunothérapies, notamment celles ciblant le point de contrôle immunitaire PD-1. C’est dans ce contexte que l’équipe recherche Inserm à l’Institut Curie dirigée par Elodie Segura s’est intéressée aux interactions entre nutrition et traitements anticancéreux.
L’étude publiée ce 2 décembre dans Nature Communications(1) a mis en lumière le rôle déterminant d’un composé présent dans les légumes crucifères, l’indole-3-carbinol, dans l’efficacité de certaines immunothérapies. Les chercheurs décrivent également les mécanismes biologiques impliqués et montrent comment l’absence de ce métabolite compromet la fonction des lymphocytes T cytotoxiques, réduisant ainsi la réponse thérapeutique.
Indole-3-carbinol et réponse aux traitements anti-PD1
Pour comprendre l’impact de l’indole-3-carbinol — naturellement présent dans le chou, le brocoli, le chou-fleur, le cresson, le navet, la roquette ou encore les radis — les chercheurs ont évalué l’efficacité d’une immunothérapie chez des modèles animaux soumis à deux types de régimes : l’un contenant ce composé, l’autre non.
Les résultats sont éloquents : en présence d’indole-3-carbinol, 50 à 60 % des animaux répondent favorablement au traitement. En revanche, son absence fait chuter cette efficacité à environ 20 %.
Les lymphocytes T cytotoxiques au cœur du mécanisme
Les cellules tumorales possèdent la capacité d’inhiber les cellules immunitaires chargées de les éliminer, en particulier les lymphocytes T cytotoxiques. Les traitements anti-PD1 visent précisément à lever cette inhibition afin de restaurer leur fonction.
L’étude révèle que l’indole-3-carbinol se lie au récepteur AhR (Aryl Hydrocarbon Receptor), largement exprimé dans ces lymphocytes. Sans cet apport alimentaire, les cellules T cytotoxiques ne parviennent pas à se réactiver correctement malgré l’immunothérapie : elles ne récupèrent pas leurs capacités de détection et de destruction des cellules tumorales.
Vers une optimisation nutritionnelle des traitements
Ces travaux éclairent de manière nouvelle le rôle des nutriments dans la modulation de la réponse immunitaire antitumorale. À terme, ces données pourraient contribuer à adapter les recommandations nutritionnelles afin d’améliorer l’efficacité des immunothérapies chez les patients.
D’après un communiqué de presse et la publication dans Nature Communications
De Juan I et al. Physiological activation of Aryl Hydrocarbon Receptor by food-derived ligands is essential for the efficacy of anti-PD1 therapy. Nat Commun 2025 Dec 2;16(1):10598