Ligue contre le Cancer
Comité de l'Ain

 

56 Rue Bourgmayer
Bourg en Bresse 01

Tél:  04 74 22 58 96
  
www.liguecancer01.net

               

Chercher

   

   
Actualités  
A la une
Dernières actualités
Les dossiers
Agenda
   
Le Comité de l'Ain  
Son organisation
Ses résultats
Les Délégations cantonales
La vie des Délégations
Nous contacter
   
Nos missions  
Soutenir la recherche
Les dépistages
Prévention Information
L'aide aux malades
   
Comment nous aider  
Faites un don
Devenez bénévole
Devenez partenaire
Faites un legs
   
Informations utiles  
Avez vous une question ?
Documentations
Adresses et liens locaux
La Ligue et le cancer
Cancer Info Service
   
   
 
      Les dossiers du Comité de l'Ain  

 

 

 

 

Retour à la liste des dossiers

2014_9 Cancer du col de l'utérus : une malédiction française ?
d'après Vivre, juin 2014, N° 362, Pp 22-25 par Brigitte PERRIN

Le cancer du col de l'utérus, lié à une infection persistante par le papillomavirus humain (HPV), provoque près de mille décès par an en France. Un chiffre inacceptable, puisque l'on sait qu'il existe des mesures de prévention très efficaces.

Les chiffres sont têtus :

1.000 femmes
meurent chaque année en France d'un cancer du col de l'utérus
90 % des cancers du col de l'utérus pourraient être évités par un frottis régulier
40 % des femmes en France ne font pas de frottis régulier

L'infection par les papillomavirus est très fréquente. Dans 90 % des cas, elle est transitoire et s'élimine naturellement une ou deux années après la contamination sexuelle. Dans 10 % des cas, l'infection persiste et peut entraîner des anomalies au niveau de la muqueuse du col. On parle alors de lésions précancéreuses. Non traitées, ces lésions peuvent évoluer vers un cancer. Pour éviter cela, il existe deux moyens complémentaires d'agir : le dépistage régulier par frottis et la vaccination préventive.

Un dépistage régulier
Le plus souvent, le cancer du col de l'utérus est dénué de symptômes. Il est ainsi découvert par frottis cervico- utérin. Simple et indolore, cet examen permet de prélever des cellules à la surface du col de l'utérus pour les analyser. Dans 3 à 4 % des cas, les frottis révèlent la présence de cellules « anormales », ce qui va alors nécessiter la réalisation d'autres examens (colposcopie et biopsie) afin d'établir un diagnostic précis.

En cas de lésion précancéreuse, le traitement, souvent très simple, permet la guérison et évite le cancer, tout en préservant l'utérus et la possibilité d'avoir des enfants.

Les autorités sanitaires recommandent aux femmes de 25 à 65 ans de faire un frottis tous les trois ans.
Mais dans les faits, 40 % de femmes en France ne le font pas régulièrement.
« Par manque de temps, d'argent ou de gynécologues, précise le professeur Jacques Marchetta, du service gynécologie-obstétrique du CHU d'Angers. Ainsi des centaines de femmes découvrent leur cancer à un stade tardif, réduisant leur chance de survie. »

D'où la campagne lancée en janvier dernier par l'Institut national du cancer (INCa), qui rappelait l'importance d'effectuer un frottis tous les trois ans.
« Même après la ménopause, car la moitié des cancers du col de l'utérus se déclarent chez les femmes de plus de 50 ans », précise Emmanuel Ricard, délégué à la prévention et à la promotion des dépistages à la Ligue contre le cancer.

L'INCa en profitait pour rappeler que le frottis peut être réalisé par le médecin traitant, le gynécologue ou une sage-femme, en milieu libéral, à l'hôpital, dans un centre de santé, dans un centre de planification ou d'éducation familiale, ou, sur prescription, dans certains laboratoires d'analyse de biologie médicale.
« Il est important d'insister sur ce point, 90 % des frottis étant aujourd'hui réalisés par un gynécologue », conclut Emmanuel Ricard.

Le gouvernement, conscient de l'importance de la prévention, a quant à lui prévu un programme de dépistage organisé et un renforcement de l'accès à la vaccination, passant de 30 à 60 % la couverture vaccinale d'ici à 2019.

La vaccination préventive
Deuxième démarche utile pour lutter contre ce cancer, la vaccination préventive cible les types de papillomavirus les plus répandus, à l'origine de 70 % des cancers du col de l'utérus.
Si elle n'élimine pas totalement le risque de cancer, d'où l'importance de faire pratiquer avant tout un dépistage par frottis, elle le réduit fortement.

Ainsi, depuis avril 2013, la vaccination est recommandée pour toutes les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans et, en rattrapage, chez les jeunes filles de 15 à 19 ans non encore vaccinées.

Décrié depuis sa mise sur le marché en 2006, le vaccin Gardasil® suscite la méfiance des médecins.
Quatre cent vingt d'entre eux ont récemment signé une pétition mettant en cause son efficacité, son coût et ses effets secondaires.
Résultat : en 2011, moins d'un tiers des adolescentes étaient correctement vaccinées.

« Cette polémique est regrettable », déplore Jacques Marchetta. Globalement, la profession est favorable à ce vaccin, qui protège contre les HPV les plus virulents et met à l'abri au moins 98 % des jeunes femmes. La Société française de colposcopie et pathologie cervico-vaginale (SFCPCV), dont je fais partie, prend d'ailleurs position en faveur de la vaccination. Dans des pays comme l'Australie, l'Angleterre ou le Canada, où elle est largement diffusée, on assiste déjà à la démonstration de son efficacité, avec une diminution des lésions précancéreuses du col utérin. Quant aux études et analyses scientifiques menées jusqu'alors sur ie plan de la pharmacovigilance, elles ont clairement démontré l'absence d'effets indésirables graves, et en particulier l'absence de lien entre cette vaccination et les maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques. »
 

VRAI / FAUX

Le vaccin offre une protection à 100 %.
FAUX : Il permet d'être protégé de la plupart des HPV les plus agressifs, mais il reste une part de risque. Il est donc absolument nécessaire de continuer un dépistage par frottis tous les trois ans.

Le préservatif protège du papillomavirus.
FAUX : Les préservatifs permettent de réduire le risque d'infection, mais ne protègent pas totalement contre une infection par le HPV. La peau à proximité immédiate des organes génitaux est particulièrement exposée à une contamination par le virus, et une infection par le HPV peut survenir suite à un simple contact peau contre peau.

Une femme peut avoir des enfants après un cancer du col de l'utérus.
VRAI et FAUX : Tout dépend du stade de la tumeur.
Tant que le cancer est localisé, l'utérus n'est pas atteint et une grossesse peut donc se dérouler tout à fait normalement, sous un contrôle renforcé.


UN TEST URINAIRE POUR S'AUTODÉPISTER ?
Christopher PAYAN, chef de service de microbiologie du CHRU de Brest

Dans le Finistère, seules 40 % des femmes se font dépister par frottis vaginal tous les trois ans (contre 60 % des femmes au niveau national). C'est ce qui a incité le professeur Christopher Payan à proposer un dépistage basé sur un test urinaire, en collaboration avec l'ADEC 29 (Association pour le dépistage des cancers, Finistère).

Lancée en 2005 et financée par la Ligue contre le cancer, l'étude Papu29 menée par le professeur Christopher Payan s'est révélée efficace.
Sur 15.700 femmes non dépistées et contactées pour réaliser un frottis, 700 seulement ont accepté.
Les autres se sont vu proposer un test urinaire à réaliser à domicile.
3.115 femmes ont accepté.
« Elles ont été cinq fois plus nombreuses à préférer le test urinaire au frottis ! » explique le professeur Payan.
Sûrement pour sa simplicité d'utilisation : les femmes reçoivent dans une enveloppe un kit leur permettant d'effectuer un auto-prélèvement d'urine et le renvoient au laboratoire.
« C'est une véritable avancée pour les femmes qui refusent le frottis et pour celles qui n'y ont pas accès, car trop éloignées d'un gynécologue. Cette méthode nous a permis de détecter la présence de lésions précancéreuses de stade avancé chez quatorze femmes et un adénocarcinome. Le test leur a offert la possibilité de bénéficier d'une détection plus précoce des lésions, et ainsi d'être mieux traitées. »

Celles dont le résultat était négatif se sont vu rappeler que le suivi par frottis tous les trois ans était nécessaire, et que sages-femmes, médecins généralistes et laboratoires pouvaient pratiquer cet examen.
« Et ça a marché ! Plusieurs se sont fait dépister par frottis dans les trois années suivantes, alors qu'elles ne le faisaient pas avant. »

À la lumière de ces résultats, pourquoi ne pas généraliser le test urinaire à l'ensemble du territoire ? Cela renforcerait le nombre de femmes dépistées et permettrait de prévenir plus de cancers.

« Je suis assez optimiste, car ce test répond aux critères requis par le nouveau Plan cancer 2014-2019 pour entrer dans le cadre du dépistage organisé. J'espère donc que son utilisation sera généralisée dans les situations d'échec du dépistage par frottis. À ce jour, aucune lésion précancéreuse ou cancer de l'intervalle n'a été identifié à trois ans chez les femmes ayant un test négatif. ».

INTERVIEW
Isabelle AUBIN-AUGER, médecin généraliste dans le Val d'Oise et professeur associé de médecine générale à l'Université Paris-Diderot

« La majorité des femmes ne sait pas qu'un médecin généraliste peut pratiquer un frottis. »

Quel rôle joue le médecin généraliste dans la prévention du cancer du col de l'utérus ?
La majorité des femmes ne fait pas de frottis pour des raisons socio-économiques ou géographiques. Les généralistes doivent donc s'impliquer en veillant à la régularité de ce dépistage : soit en proposant de réaliser eux-mêmes un frottis, soit en incitant leurs patientes à le faire réaliser par le professionnel de leur choix.

Pourquoi les frottis sont très peu pratiqués par les généralistes ?
Le frein numéro un, c'est le manque d'information des patientes, qui ne savent pas qu'un généraliste peut pratiquer un frottis. Par ailleurs, si celui-ci est réalisé par un gynécologue, les médecins généralistes ne reçoivent jamais les comptes rendus du laboratoire ; il leur est donc difficile de savoir si elles ont un bon suivi.

Les généralistes sont-ils suffisamment formés ?
C'est en effet l'autre frein à la généralisation du dépistage. La pratique du frottis devrait être un axe prioritaire dans la formation des généralistes. C'est d'ailleurs ce que nous avons décidé à Paris-Diderot, où nous formons tous les médecins à cet acte.