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2013 06  Tous drogués aux UV
Céline DUFRANC in ROSE MAGAZINE
n° 2 Printemps Ete 2012, pp 128-133

Marie, 55 ans, dont 40 de bronzage intensif, a acheté un appartement face à la mer.
Non pour la vue imprenable sur le phare de Cordouan, mais pour son exposition plein sud, histoire de ne point perdre un seul rayon de soleil.
Son opération d'un second mélanome l'année dernière n'a rien changé : elle continue de s'exposer entre 14 et 16 heures et de programmer ses courses au supermarché quand il pleut.


« Elle est accro aux UV », constate le Dr Patrick Moureaux, dermatologue à Vannes et membre du réseau Mélanome Ouest, regroupant des professionnels de santé prenant en charge les cancers de la peau.
Pour se sentir bien, il lui faut sa « dose » !
Cette addiction au bronzage, décrite dans les années 2000 par le Dr Carolyn J. Heckman, dermatologue en Floride, porte le nom de « tanorexie ».

Un comportement quasi suicidaire compte tenu de la multiplication des campagnes de prévention, martelant depuis vingt ans que le soleil est une véritable bombe à retardement.

Ainsi, selon l'enquête menée en 2008 par l'association Sécurité solaire" sur dix plages landaises photographiées entre 9 heures et 18 heures, c'est entre 14 et 16 heures que la
« toast attitude » est à son zénith !

Interrogés sur l'utilisation qu'ils font de leur crème solaire, les vacanciers n'hésitent pas à mentir :
Ils affirment se tartiner d'indice 50 (alors qu'ils prennent du 15, voire du Monoï !) et jurent se crémer « toutes les deux heures » (alors qu'ils se contentent de sortir le tube en arrivant).
Enfin, ils en appliquent la valeur d'une cerise (quand il faudrait utiliser l'équivalent d'une balle de golf).
Total, 1700 personnes meurent chaque année en France d'un mélanome
...

Cibler les enfants en priorité
De quoi motiver davantage encore tous ceux qui ont fait de la lutte contre les UV une véritable croisade.
Pierre Cesarini, président de l'association Sécurité solaire, est de ceux-là.
Discours offensifs, images choc, prévention scolaire... Il offre même un kit de prévention solaire aux écoles pour sensibiliser les enfants aux dangers du soleil: à l'aide de papier révélateur d'UV, les petites mains testent les crèmes solaires, constatant de leurs yeux la supériorité de la protection vestimentaire. Résultat ? À 10 ans, ils savent ce qu'ils risquent et font la leçon à leurs parents.

Seul bémol : les instituteurs agissent sur la base du volontariat.
L'opération ne touche donc pas tous les enfants.
C'est pourquoi Olivia Ribardière, cadre de santé à l'institut Gustave-Roussy, consacre une partie de son temps infirmier à rappeler aux élèves des écoles du Val-de-Marne que les coups de soleil, responsables des mélanomes, sont souvent pris dans l'enfance, au printemps, ou sous un ciel nuageux. « Pour leurs parents, hélas, c'est un peu tard. »

La corde sensible : l'esthétique
Patrick Moureaux, croisé de la bataille anti-UV, n'hésite pas à « appuyer là où ça fait mal», suggérant à ses patientes de regarder leurs photos d'il y a cinq, dix ans. L'examen de conscience se fait tout seul : rides, taches pigmentées... vous avez dit « vieille peau »?
« Le soleil est à la peau ce que le tabac est au poumon, rappelle-t-il.
Et il a un effet turbo sur le vieillissement cutané. »
Si cela ne suffit pas, il en rajoute une couche en montrant des photos de cicatrices d'opération de cancer de la peau. Choc garanti. Qui évidemment fait réfléchir...
« Vous pouvez vous faire plaisir sans flétrir et surtout sans périr », affirme-t-il dans son livre, Le Soleil dans la peau (Robert Laffont).
Sa stratégie ? L'écologie médicale comportementale. « Pas question de vous cloîtrer, mais revoir vos habitudes en modifiant la chronologie habituelle de la journée, en trouvant des alternatives agréables au transat ou à la plage, en utilisant des crèmes ou des douches auto-bronzantes, garantie d'un bronzage sans UV »

L'Australie a vingt ans d'avance
Exactement ce que font les Australiens, pour qui se protéger relève désormais du mode de vie. « Ils ont vingt ans d'avance, constate Jérôme Nyssen, chargé du développement des vêtements anti-UV chez Tribord. Là-bas, les boutiques anti-UV, c'est un sacré marché ! »

Coque à poser sur le nez, tente anti-UV (exit le parasol), chapeau à large bord (et non casquette, qui ne protège que devant et laisse nos oreilles brûler), tee-shirt et combi anti-UV, crème solaire vendue en bidons d'un litre, l'arsenal anti-rayons est complet. Au pays des kangourous — où seuls les touristes s'exposent aux heures critiques ! —, une révolution s'est opérée dans les mentalités.
Dès qu'ils sortent de la maison, les enfants se crèment, enfilent chaussures ET chapeau, même si le ciel est couvert.
À l'école, les parasols quadrillent les cours de récré et les aires de jeux. Puis les moniteurs des écoles de surf prennent le relais, camouflés sous une épaisse couche de crème solaire à base de zinc et coiffés de chapeaux de paille à large bord.
À 5 ans, c'est en combinaison de martien vert fluo, casquette saharienne assortie, que les minisurfeurs s'adonnent à leur passion.

Une politique de prévention poussée à l'extrême qui commence à porter ses fruits. Pour ces enfants qui craignent le mélanome comme la peste, le bronzage est un vilain défaut ! Comme au Japon ou en Chine, où l'incidence des cancers cutanés est bien moindre qu'en France.

En attendant qu'un vaccin contre le mélanome puisse peut-être voir le jour, pourquoi ne pas s'en inspirer ? La mode du monokini est définitivement has been. Adoptons les vêtements anti-UV, bien plus efficaces que les tee-shirts mouillés — certes ultra-sexy quand on s'appelle Bo Derek ! mais qui laissent passer les UV.
Vous les trouvez vraiment trop moches ? Alors lançons une pétition pour que les stylistes de mode les relookent. Et souvenons-nous qu'à l'époque des premiers bains de mer rien n'était plus glamour que de se baigner habillée de pied en cap, une ombrelle à la main...

Céline DUFRANC
L'association Sécurite solaire www.soleil.info


CODE SOLAIRE DE BONNE CONDUITE :

La peau est comme une banque qui mémorise votre consommation solaire. Vous vivez à crédit pendant un temps, et vous payez l'addition à retardement!
Pour gérer au mieux votre capital, il vous faut:

du bon sens. Ne pas exposer les enfants avant 3 ans. Ne prendre le soleil que sur des durées courtes (pas plus d'une heure par jour) et éviter 12-16 heures si vous avez un phototype clair. Par ailleurs, ne pas sous-estimer les expositions passives (balade, jardinage, terrasse...) et, enfin, bannir les cabines UV;
une protection vestimentaire rapprochée. Tee-shirt anti-UV, casquette saharienne ou chapeau à large bord, lunettes;
de bons écrans solaires, qui n'interviennent qu'en dernière ligne.Très haute protection (50+) pour les enfants, les phototypes clairs, les antécédents de cancers cutanés; haute protection (indices 30, 40, 50) pour les peaux mates. À répéter toutes les deux heures en couche épaisse, et après chaque baignade.


VOTRE CARTE D'IDENTITE SOLAIRE SELON :

- Votre âge : 50% de votre capital solaire (quantité de soléil que votre peau peut recevoir sans manifester de dégâts tissulaires) est consommé avant 20 ans.
- Vos antécédents familiaux de cancers cutanés : ils augmentent vos risques de 10%.
- Votre profession : travailler à l'extérieur signifie 80% d'UV en plus.
- Votre phototype (la couleur de votre peau) : peau claire = risques accrus.
- Votre nombre de grains de beauté : à partir de 50, vigilance !


DES VAISSEAUX ANTI-TUMEUR :

L'équipe de Jean-Philippe Girard, de l'Institut de pharmacologie et de biologie structurale du CNRS (université Paul-Sabatier, Toulouse), a mis en évidence au voisinage de tumeurs, dont les mélanomes, la présence de vaisseaux appelés « HEV».
Alors que les vaisseaux sanguins normaux ne laissent pas passer les lymphocytes, les vaisseaux HEV  laissent passer à chaque seconde des centaines d'un certain type de cellules sanguines : les lymphocytes tueurs, impliqués dans la destruction des cellules cancéreuses.
Leur mission : éliminer les cellules cancéreuses.
Ces recherches ont permis de montrer que plus il y a de vaisseaux HEV, plus la probabilité de guérison augmente.

Pour aller plus loin, l'équipe a cherché à comprendre ce qui activait la formation de ces vaisseaux anti-tumoraux. Pour la première fois, les scientifiques ont prouvé le rôle de certaines cellules du système immunitaire, les cellules dendritiques, dans la fabrication de ces vaisseaux HEV. Grâce à ces cellules, les vaisseaux normaux, qui ne laissent pas passer les lymphocytes tueurs, se transforment en vaisseaux HEV. À terme, de nouvelles stratégies thérapeutiques pourraient être imaginées afin de stimuler la fabrication de ces vaisseaux, et donc d'améliorer la destruction des cellules cancéreuses.

Sarah LAINÉ

DES TRAITEMENTS DE PLUS EN PLUS EFFICACES !

Avec 80 000 nouveaux cas chaque année, les cancers de la peau sont fréquents. Mais, détectés et traités tôt, ils se guérissent.

80 % des cancers guéris grâce à la chirurgie
« On distingue essentiellement deux types de tumeurs : les carcinomes et les mélanomes.. Les premiers (plus de 90 % des cancers de la peau) surviennent généralement après 50 ans sur des zones découvertes du corps (visage, coup, épaules, avant-bras, dos des mains…) Ils se guérissent par une simple chirurgie, explique le dermatologue Dominique Egasse, auteur de la dermatologie chirurgicale, à condition qu'ils soient dépistés assez tôt et que les marges d'exérèse soient suffisantes : entre 05 et 3 cm.

Les seconds, résultant d'une prolifération de mélanocytes, autrement dit de cellules responsables de la synthèse de mélanine, peuvent se situer n'importe où sur le corps.
Ils doivent être détectés et traités rapidement car ils peuvent métastaser.

Pour savoir si ce risque métastatique existe, « nous pratiquons le dépistage du ganglion sentinelle. poursuit Céleste Lebbe, professeur de dermatologie à l'hôpital Saint-Louis, responsable du centre d'onco-dermatologie.
Cela consiste à retirer le ganglion le plus proche du mélanome pour rechercher une éventuelle métastase. S'il n'y a pas de dissémination, une surveillance clinique régulière sans autre traitement est alors mise en place. En revanche, si l'analyse du ganglion montre la présence de cellules cancéreuses, l'ablation complète de la chaîne ganglionnaire sera pratiquée, et l'on pourra adjoindre un traitement complémentaire pour limiter le risque de récidive
».

Pour les 20 % de malades dont le cancer est très agressif, inopérable ou dépisté trop tard, le traitement reposait jusqu'à présent sur la chimiothérapie (interféron alpha), parfois sur la radiothérapie, et le pronostic restait sombre. Mais, depuis 2011, l'apparition de deux thérapies ciblées a révolutionné la prise en charge.

La révolution des thérapies ciblées
« Cela faisait cinquante ans que l'on attendait cela !, s'enthousiasme le Dr Caroline Robert, chef de service de dermatologie à l'institut Gustave-Roussy.
Deux molécules à l'efficacité prouvée.

La première, l'ipilimumab, est un traitement d'immunothérapie qui stimule les défenses immunitaires en bloquant le récepteur CTLA-4. Il permet des réponses prolongées chez certains patients.

La seconde, le vemurafenib, attaque directement les cellules cancéreuses.
Il faut savoir qu'environ 50 % des mélanomes sont porteurs d'une anomalie d'un gène dit "BRAF". Ce dernier fabrique une protéine du même nom qui, lorsqu'elle est mutée, entraîne une prolifération anarchique des cellules cancéreuses.
En bloquant cette protéine BRAF, il double l'espérance de vie des patients atteints. 

Reste que l'inconvénient majeur de ces thérapies ciblées, ce sont leurs effets secondaires, parfois très lourds : problèmes digestifs, hépatites, douleurs articulaires, syndrome grippal, dépigmentation et photosensibilité de la peau, tumeurs bénignes...
Pour mieux les gérer, certains établissements comme l'hôpital Saint-Louis à Paris, l'IGR à Villejuif, l'institut Claudius-Régaud à Toulouse proposent des consultations spécifiques.
De son côté, le réseau Mélanome Ouest invite les patientes opérées à participer à un atelier « camouflage » à Nantes (Renseignements au 02 40 08 32 22. reseau-melanome-ouest.com vaincrelemelanome.fr).
Objectif ? Apprendre à ces femmes, souvent complexées, à estomper les rougeurs sur le visage dues aux traitements, les lésions cutanées, les cicatrices, ou obtenir des conseils sur les soins au quotidien. Et à rester à l'ombre.

Céline DUFRANC

 

 

   

 

 

 

 

 

 


ROSE MAGAZINE
n° 2 Printemps & Eté 2012