Ligue contre le Cancer
Comité de l'Ain

 

56 Rue Bourgmayer
Bourg en Bresse 01

Tél:  04 74 22 58 96
  
www.liguecancer01.net

               

Chercher

   

   
Actualités  
A la une
Dernières actualités
Les dossiers
Agenda
   
Le Comité de l'Ain  
Son organisation
Ses résultats
Les Délégations cantonales
La vie des Délégations
Nous contacter
   
Nos missions  
Soutenir la recherche
Les dépistages
Prévention Information
L'aide aux malades
   
Comment nous aider  
Faites un don
Devenez bénévole
Devenez partenaire
Faites un legs
   
Informations utiles  
Avez vous une question ?
Documentations
Adresses et liens locaux
La Ligue et le cancer
Cancer Info Service
   
   
 
      Les dossiers du Comité de l'Ain  

 

 

 

 

Retour à la liste des dossiers

2013 01  Alimentation et cancer à la loupe de l'épidémiologie
Julie DANET, Vivre, décembre 2012, N° 356, Pp 21-23

Alimentation équilibrée et activité physique pourraient prévenir plus de 30 % des cas de cancers selon l'OMS. Cette statistique peut-elle justifier la kyrielle de régimes et recettes anticancer qui fleurissent aujourd'hui ? L'épidémiologiste Marie-Christine Boutron-Ruault invite à la prudence : il n'existe ni aliments ni régimes miracles, mais plutôt des modes de vie qui peuvent contribuer à prévenir le risque de cancers.

En tête de gondoles de nos librairies, de nombreux ouvrages affirment détenir les recettes du « vrai régime anticancer », les uns vantant les mérites nutritionnels du saumon et de l'ail ; les autres, ceux du curcuma et de la grenade. Les effets « protecteurs » de tels aliments sont-ils scientifiquement prouvés ? Existe-t-il un régime
« anticancer » ? « Non, aucun régime ne peut être qualifié de la sorte. En revanche, plusieurs études épidémiologiques ont montré que le risque des cancers liés à l'alimentation est moins important dans certaines populations ayant un type d'alimentation bien défini, comme les populations méditerranéennes », souligne Marie-Christine Boutron-Ruault, directrice de recherche Inserm au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations et vice-présidente du comité d'experts en nutrition humaine à l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail).

 

Un régime « sain »...

« Dans le cadre de l'étude E3N² menée sur 100 000 femmes françaises depuis 1990 — et soutenue depuis son lancement par la Ligue contre le cancer — nous avons comparé deux grandes tendances alimentaires, l'une dite saine/méditerranéenne, l'autre occidentale, » précise Marie-Christine Boutron-Ruault.
 
Cette étude a non seulement apporté des éclairages sur le rôle néfaste de l'alcool, des viandes rouges ou encore des acides gras dits « trans » présents dans beaucoup d'aliments industriels, mais elle a également montré que la tendance alimentaire saine/ méditerranéenne, riche en fruits et légumes, poissons et huile d'olive, est associée à un risque plus faible de cancer du sein... toutes proportions gardées.
« En effet, ce régime n'était bénéfique que chez les femmes consommant moins de
2 000 kilocalories par jour »
.

Décrit par les chercheurs grecs selon neuf caractéristiques (une consommation la plus faible possible de vin, de viandes, de laitages, et élevée d'huile d'olive, fruits, oléagineux, légumes, légumineuses et céréales), le régime méditerranéen typique a fait l'objet d'autres études.
« En attribuant un score à chaque personne selon qu'elle consomme peu ou beaucoup de ces aliments, il s'est avéré qu'un score élevé est associé à un risque plus faible de cancer en général, et en particulier de cancer colorectal et du sein. )»

... mais pas « anticancer » !

« Si le régime méditerranéen est considéré comme "sain", il n'est cependant ni "anticancer", ni idéal pour les populations du monde entier », prévient le docteur Boutron-Ruault.
« D'une part, nos besoins caloriques varient selon que l'on vit dans un pays froid ou chaud. D'autre part, de ce lieu de vie dépend l'accès aux fruits et légumes. Par exemple, en hiver, mieux vaut privilégier les fruits et,légumes locaux fraîchement cueillis que les tomates cultivées sous serre qui présentent peu de qualités nutritives. »

Pourtant simples et de bons sens, ces conseils ne touchent semble-t-il pas le plus grand nombre.
«Face à une alimentation toujours plus industrialisée, nous ramons à contre-courant, reconnaît la scientifique. Comment motiver la population à ne pas choisir toujours la facilité des plats préparés de façon industrielle pour se tourner plutôt vers les produits frais ou "bruts" tels que les légumes surgelés non cuisinés ?»

Sa solution : des messages simples tels que celui du Programme national nutrition santé qui prône une alimentation variée et équilibrée faisant la part belle aux fruits, légumes, poissons, féculents et limitant la consommation de produits sucrés, salés, gras, de viande rouge et d'alcool. «Il faut éviter de mettre l'accent sur des aliments spécifiques et faire en sorte que le "bien manger" ne soit pas perçu comme un véritable casse-tête. »

        

« Les aliments miracles n'existent pas ! »

En épidémiologie, les liens entre la consommation d'un aliment et le risque de cancer sont difficiles à identifier.
« Nous devons nous garder d'être binaires en matière de préconisations alimentaires. Dire que le curcuma ou tout autre aliment est anticancer, c'est extrapoler les résultats d'études expérimentales sur des cellules ou des rongeurs qui se sont vus administrer quotidiennement des quantités importantes de curcuma. Tout ingrédient consommé en trop grande quantité peut déséquilibrer l'organisme. Le curcuma a peut-être des effets bénéfiques contre le cancer, mais cela reste à prouver chez l'homme et à des doses raisonnables ».

Une prochaine étude réalisée grâce à la cohorte E3N se focalisera sur les effets potentiellement protecteurs des polyphénols présents dans notre alimentation. C'est là tout l'intérêt des études épidémiologiques : elles permettent de tester à l'échelle d'une population humaine, les conclusions obtenues en laboratoire.
« Chez l'animal, il a été montré que ces substances contenues dans des fruits et des légumes agissent en contrecarrant les effets cancérigènes du fer héminique de la viande rouge.
A nous de voir si ces effets bénéfiques sont observables dans notre cohorte »,
précise la scientifique.
Parmi les facteurs de risque en matière de cancer, l'alcool et le tabac restent en pôle position. Mais aujourd'hui, la population s'interroge sur l'innocuité d'autres substances telles que l'aspartame. Présent dans des milliers de produits, des boissons allégées aux produits pharmaceutiques, cet édulcorant est le plus utilisé au monde.

« Aucune étude épidémiologique d'envergure n'a été entreprise sur le risque de cancer lié à l'aspartame, les quelques données disponibles ne mettent pas en évidence d'excès de risque. Chez l'animal, des publications scientifiques attestent un risque potentiel que d'autres réfutent. Le débat d'experts se poursuit, mais si l'aspartame se révélait néfaste pour la santé, c'est un véritable scandale qui éclaterait »
, confie Marie-Christine Boutron-Ruault.

L'importance de l'activité physique :

Il est, en revanche, un facteur protecteur sur lequel tout le monde s'accorde : l'activité physique. Celle-ci est associée à une diminution avérée du risque des cancers du côlon, du sein et de l'endomètre.
 
Mais qu'entend-on par « activité physique » ?
« Globalement, on observe une diminution du risque de cancer chez les personnes pratiquant une activité équivalente en dépense énergétique à 30 minutes de marche rapide par jour. Et il semblerait que la régularité de l'activité prime sur son intensité »
, souligne la scientifique.

Outre son action de compensation des apports caloriques, l'activité physique modifie l'équilibre des hormones et ainsi, la localisation des graisses.
«Aujourd'hui, les liens entre l'obésité et le cancer sont bien documentés. Mais il est à noter que toutes les obésités ne se valent pas en termes de risque. Le surpoids androïde, localisé sur l'abdomen et donc autour des organes vitaux, entraîne davantage de risque de cancer, de maladies cardiovasculaires et de diabète que le surpoids gynoïde, localisé de la taille aux jambes ».

Qu'on se le dise : une activité physique régulière associée à une alimentation équilibrée n'est pas uniquement efficace dans la prévention du cancer ; ce mode de vie est également bénéfique pour les personnes en cours de traitement.

Julie Danet in Vivre N° 356, décembre 2012

Le b.a.-ba de l'épidémiologie
L'épidémiologie consiste en l'étude des facteurs influant sur la santé et les maladies de populations. Elle vise à déterminer statistiquement si la survenue d'un cancer, par exemple, est davantage liée à des facteurs génétiques, comportementaux et/ou environnementaux.

Pour ce faire, deux types d'études sont couramment utilisés :
l'étude cas-témoins et l'étude de cohorte.

La première permet de mettre en évidence des facteurs qui peuvent contribuer à l'apparition d'une maladie en comparant des sujets malades (les cas) avec des sujets qui n'ont pas la maladie (les témoins). Peu onéreuse et facile à mettre en place notamment pour les maladies rares, elle comporte néanmoins des biais d'information liés à son caractère rétrospectif. Les personnes touchées par un cancer du côlon, par exemple, peuvent ressentir une culpabilité susceptible de fausser leurs réponses relatives à leur alimentation.

Dans les cas d'une cohorte, ce biais est moindre puisque la population est incluse avant la survenue de la maladie étudiée. Portant sur un grand nombre de sujets, parfois plusieurs centaines de milliers, et sur un temps d'observation de plusieurs années, l'étude de cohorte permet ainsi de quantifier l'incidence d'une maladie en fonction de différents facteurs étudiés grâce à des examens de santé, des questionnaires, des prélèvements biologiques, des analyses de dossiers. Ce type d'étude est néanmoins très coûteux et inadapté pour répondre à une question de santé publique urgente.

D'autre part, les études cas-témoins et de cohorte ne peuvent à elles seules démontrer l'existence d'un lien de causalité entre un facteur donné et le risque de survenue d'une maladie. Elles permettent uniquement la présomption de ce lien qu'il convient, si cela est possible, de confirmer par des études dites d'intervention dans lesquelles les effets d'un facteur « protecteur » supposé contre un placebo sont expérimentés dans une population tirée au sort.

La controverse des fruits et légumes
Alors que l'étude EPIC concluait en 2010 que le risque de cancer ne variait pas considérablement entre les petits et les gros consommateurs de fruits ' et légumes, les résultats en cours de publication de la cohorte E3N suggèrent que :
> Les femmes consommant au moins 100 g de fruits et 300 g de légumes (hors tubercules) par jour ont un risque de cancer diminué de 23 % par rapport à celles qui consomment moins de 100 g de fruits et 100 g de légumes par jour.
> Remplacer les légumes par des fruits ne permettrait pas de réduire le risque de cancer. C'est leur association, en insistant sur les légumes, qui semble bénéfique.


²L'étude E3N soutenue par la Ligue est une vaste étude prospective d'environ 100 000 femmes françaises ; c'est également la composante française de l'étude de cohorte européenne EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) qui implique 10 pays européens et compte plus de 500 000 adultes recrutés entre 1993 et 1999.