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2012 01  L'annonce du diagnostic, un traumatisme ?
Frédéric GELLY, R.C.P. Automne 2011, pp 22-23

Pour les patients, l'annonce d'une maladie cancéreuse est toujours un traumatisme

Cette réalité, banale et partagée par tous les cliniciens, ne prête guère à discussion. Elle recèle pourtant nombre de conséquences qui peuvent nous aider, si nous nous y arrêtons un instant, à mieux comprendre les réactions psychologiques à un tel événement. Et, ainsi, nous aider à appréhender les moyens de nous approcher de cette expérience humaine qui bouleverse si brutalement le monde et la vie de nos patients.

Pour traiter ce vaste sujet, un préambule s'impose tout d'abord.
Si nous reconnaissons tous le caractère traumatique de l'annonce d'un cancer, il est nécessaire toutefois de s'accorder sur ce que recouvre le terme de traumatisme.
Le mot lui-même peut peut-être nous renseigner : il vient de trauma qui, en grec, signifie blessure.
D'où cette définition extrêmement simple du traumatisme, proposée par tous les dictionnaires: "ensemble des troubles occasionnés par une blessure".
On peut ainsi en rester à cette réalité première, qui reconnaît le traumatisme comme l'ensemble des conséquences d'une blessure.
Elle réunit l'essentiel de ce qui fait le traumatisme : le rapport entre l'événement traumatisant et le sujet traumatisé, s'illustrant dans la blessure de l'un par l'autre. Qu'elle soit physique ou psychique.

Dès lors, on a accès à ce qui caractérise intrinsèquement un événement traumatique : il s'agit d'un événement inassimilable par le sujet, qui en restera blessé de manière indélébile.
De ce point, découle également la notion de fragilité et de vulnérabilité, car tous ne sont pas égaux face aux événements de la vie.

Certains pourront assimiler et métaboliser une agression extérieure sans s'en trouver irrémédiablement blessés, alors que d'autres ne pourront surmonter la même épreuve.

Tous ne sont pas égaux devant le traumatisme, qui inclut dans sa définition même la question de l'intégrité physique et psychique, et de sa solidité avant l'événement traumatisant.

Et pourtant, tous les soignants s'accordent à considérer l'annonce de la maladie cancéreuse comme un traumatisme.
Si l'on peut faire le constat d'une telle unanimité, c'est parce que le cancer recouvre, encore aujourd'hui, une notion bouleversante : celle du pronostic vital, du risque de mort.
En cela, le cancer est irrémédiablement un événement traumatique, parce qu'il touche le sujet dans son essence même, dans sa capacité à se projeter dans l'avenir, à continuer à vivre.
L'annonce de la maladie, malgré les progrès thérapeutiques, porte en elle une possible condamnation, qui rend caduques tous les soucis antérieurs, toutes les préoccupations.

C'est en cela, précisément, que le cancer est un traumatisme, un événement dont on ne ressort jamais indemne, jamais le même. Nos patients le disent souvent eux-mêmes : "plus rien ne sera comme avant".

La possibilité de leur disparition fait traumatisme et leur empêche de continuer à vivre comme ils le faisaient.
Les traitements souvent lourds, la surveillance étroite de leur état clinique, bien des choses de leur quotidien leur échappent désormais, et viennent leur rappeler la fragilité de leur vie, et de leur capacité à la maîtriser, comme ils étaient habitués à le faire jusqu'alors. Voilà ce qui fait traumatisme.
Même si, bien sûr, l'équilibre psychique antérieur du sujet importe grandement dans ce bouleversement, et dans les capacités de chacun à le dépasser.

Comment peut-on, dès lors, comprendre les réactions psychiques face au cancer, en s'appuyant sur ce modèle du traumatisme ?
L'intérêt de ce modèle réside,-peut-être dans le lien avec les réactions que l'on connaît bien, en psychopathologie, face à un vécu traumatique.

Passée la phase de l'annonce du diagnostic, parfois synonyme d'effondrement et de réaction dépressive, c'est une période de reconstruction qui s'amorce.
Elle suit parfois les étapes classiques du deuil, marquées par le déni, la colère, le désespoir puis l'acceptation.
Mais ces phases, bien connues lorsqu'il s'agit de dépasser la perte d'un être cher, sont moins pertinentes lorsqu'il est question de traiter un vécu traumatique.
 
Ici, ce n'est pas un objet extérieur que le sujet doit accepter de perdre, pour parvenir à vivre sans lui, en étant lui-même identique.

Ici, c'est le sujet lui-même qui doit accepter de se perdre, il ne peut plus faire confiance à ce qu'il était auparavant, puisque cette identité l'a en quelque sorte trahi, en lui laissant entrevoir la possibilité de sa fin. Il doit reconstruite une nouvelle identité, comme un nouveau corps blessé qui ne sera plus jamais le même, et qui portera la cicatrice de sa maladie.

Deux grands écueils se dressent sur cette route difficile pour le malade.

Le premier consiste à ne plus rien attendre de son identité antérieure, de ce qu'il était avant sa maladie.
Puisque cette identité l'a trahi, qu'elle l'a laissé seul face à la peur de la mort, il ne va plus pouvoir lui faire confiance.
Il va dès lors se reconnaître dans sa blessure, et seulement en elle.
Il ne sera plus que sa maladie, parce qu'il ne pourra plus se fier à la façon de vivre qu'il connaissait auparavant, et qui lui est apparue tellement précaire.
Il s'agit de ces patients qui ne peuvent plus vivre en dehors de leur cancer.
Qui n'existent qu'à travers lui, dans leur participation à des groupes ou des forums de malades, dans leur incapacité à vivre autrement que dans cette préoccupation.
Ils ne peuvent plus parler d'autre chose.
Ils ne sont plus que cette blessure.
Un peu comme les victimes du syndrome de Stockholm, ces otages qui avaient frôlé de si près la mort, pendant des jours, qu'ils n'avaient pu retrouver leur vie une fois libérés. Certaines de ces victimes allant même jusqu'à épouser leurs anciens ravisseurs en prison, puisque leur vie n'était plus que traumatisme, puisqu'il n'était plus question de faire confiance à ce qu'ils étaient, avant.

Le second écueil sur cette route est celui du clivage et du déni.
Le patient va taire son expérience traumatique, sa peur de la mort, il va user toutes ses forces à tenter de faire fonctionner son ancienne identité, à croire encore qu'elle est solide, qu'il peut s'y reconnaître.
Il ne parlera pas de sa maladie.
Il continuera à travailler, même s'il est épuisé.
Il ne voudra surtout rien lâcher de ce qu'il était en mesure de faire avant, avant d'être malade.
Surtout ne rien lâcher, parce que ce serait reconnaître que la blessure l'a touché. Et que ce qu'il est encore aujourd'hui, qu'il veut croire encore si solide, pourrait s'effondrer. Il ne veut laisser aucune place à ce vécu.
Alors cette fragilité s'exprime parfois dans des symptômes qui lui échappent. Somatisations, repli, épuisement. Ou dans des cauchemars, comme dans la névrose traumatique, pathologie psychiatrique qui voit les souvenirs traumatiques ainsi reniés revenir hanter le malade chaque nuit, de manière immuable.
Avec ce qu'ils ont de très particulier que ces cauchemars traumatiques ne sont pas du tout déformés par l'imaginaire, par l'inconscient. Il s'agit de la scène, toujours identique, du traumatisme.
Le sujet ne l'a pas transformée. Il ne l'a pas faite sienne. La blessure est restée ouverte, jamais cicatrisée, et elle saigne toujours avec la même force.

S'il parvient à éviter ces écueils, le patient peut parvenir à se transformer
. Bien sûr, il ne sera plus le même. Il aura conscience de sa fragilité, de sa vulnérabilité. Il pourra détourner les yeux de sa blessure, tout en la sachant présente. Il pourra adapter sa marche pour ne pas la réveiller, pour continuer à avancer.
Il sera devenu un autre, qui pourra parfois jeter un regard différent sur sa vie. En acceptant à la fois celui qu'il était avant le traumatisme, et qui n'a pas su le protéger tout à fait, et à la fois cette blessure qui fait partie de lui désormais.

C'est ce difficile travail de reconstruction qu'il nous  faut accompagner, dans notre prise en charge, en sachant être disponible.
Disponible surtout à ce que cette expérience traumatique suppose, à savoir la fragilité de nos identités et de nos repères, comme patient ou comme soignant, comme être humain.

Frédéric GELLY, psychiatre, Lyon
La Revue des Cancérologues et de leurs Partenaires
Automne 2011, pages 22-23
(avec l'autorisation de Xavier Durando, rédacteur en chef, Centre Jean Perrin, Clermont-Ferrand)


 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 



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