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2011 04  Un régime alimentaire sain réduit le risque de cancer
Gilles GIROT, Vivre, 1er Trimestre 2011, N° 349 (12-16)



De nombreuses études ont mis en évidence la relation entre l'alimentation et les maladies chroniques.
Françoise Clavel-Chapelon, directrice de recherche à l'Inserm a travaillé avec son équipe sur une étude de cohorte intitulée E3N (étude épidémiologique prospective auprès des femmes de la mutuelle générale de l'Education nationale), financée par la Ligue contre le cancer.
Elle porte sur le suivi de l'état de santé de 100 000 femmes depuis 1990. «En parallèle des informations sur leur mode de vie et l'évolution de leur état de santé, nous avons également recueilli des données biologiques auprès de 25 000 femmes volontaires, à partir d'un prélèvement sanguin.

Les données de 363 femmes ayant eu un cancer du sein postérieurement au prélèvement de sang ont été comparées avec celles des femmes n'ayant pas eu de cancer du sein.
Les résultats ont montré que les femmes ayant des taux élevés d'acides gras «trans » dans le sérum, qui est le reflet de la consommation en produits manufacturés, ont un risque d'avoir un cancer du sein presque doublé par rapport à celles ayant le taux le plus bas.

Par ailleurs, l'étude Epic3 (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) montre que le risque de cancer colorectal pourrait être réduit en augmentant la consommation de poisson chez ceux qui en mangent le moins, et en réduisant celle de viande rouge, abats et charcuterie chez les gros consommateurs.

Dans l'échantillon des 100 000 femmes, nous constatons également que les femmes des générations les plus récentes grossissent plus vite avec l'âge que celles des autres générations, en partie à cause de la sédentarité et d'une alimentation riche en produits manufacturés. ».

Pour l'heure, l'Anses rappelle que «rien ne peut remplacer en termes de santé une alimentation équilibrée, diversifiée, en veillant à ce que les apports énergétiques journaliers ne dépassent pas les besoins. Par ailleurs, pour réduire les risques de prise de poids, l'évolution des habitudes alimentaires doit être associée à une activité physique régulière.».

Quand le printemps arrive, les régimes fleurissent !

Vous ne pouvez pas y échapper, toutes les "unes" des magazines féminins dévoilent les corps de rêve de jeunes mannequins en maillot de bain et vous livrent sur un plateau le régime qu'il vous faut.
Pas une minute à perdre si vous voulez entrer dans votre robe d'été et votre bikini.
Le culte de la maigreur absolue imposée pendant des années par certains créateurs de mode représente le modèle parfait à atteindre pour des millions de femmes.
Derrière cette quête de la minceur se profile aussi le spectre de l'anorexie qui tue des jeunes femmes désireuses d'être «belles» à l'image de ces mannequins victimes de la dictature de la «maigritude».

La foire aux régimes est lancée, et certaines femmes (et certains hommes de plus en plus nombreux), parfois en l'absence de surpoids ou de toute indication médicale, pour des raisons essentiellement esthétiques mettent leur santé en danger.
Pour rappel, les données de l'étude INCa 22, menée par l'Afssa (agence française de sécurité sanitaire des aliments), montrent que plus de 30% des femmes ayant un indice de masse corporelle «normal», auxquels peuvent être ajoutés 15% des femmes minces ont suivi un régime amaigrissant pendant l'enquête ou avaient suivi un régime amaigrissant pendant l'année précédent l'enquête.

Celles et ceux qui n'en ont pas besoin cherchent à maigrir, tandisque d'autres sont franchement obèses.

Un Français sur trois est en surpoids

Face à ce phénomène, les pouvoirs publics se sont interrogés sur les risques liés à ces pratiques.
D'autant que les chiffres du surpoids et de l'obésité sont assez alarmants avec 32% de personnes de plus de 18 ans en surpoids - soit un Français sur trois - et 15% qui sont concernées par l'obésité.
L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a donc été saisie par la direction générale de la santé pour évaluer les risques liés aux régimes amaigrissants.
Une mission qui s'inscrit dans le cadre global de la problématique de «l'image du corps», prévue par le Programme national nutrition santé (PNNS).
Le rapport publié aujourd'hui est le fruit d'un processus d'expertise collective réalisé par un groupe de travail composé de scientifiques et d'experts en nutrition.

Pour le professeur Irène Margaritis, chef de l'unité nutrition à l'Anses, qui a dirigé la coordination scientifique de cette étude, le message est clair: «Ceux qui ne sont ni obèses ni en surpoids, ceux qui ont un poids de forme, mais qui voudraient perdre quelques kilos, doivent savoir que faire un régime n'est pas anodin. Ce n'est en aucun cas une parenthèse car les modifications physiologiques peuvent perturber l'organisme durablement. Rappelons que perdre du poids passe par une restriction calorique afin d'aller puiser dans les réserves. Pour y arriver, plusieurs stratégies sont proposées et ce sont certaines d'entre elles que nous avons étudiées. Pour ce faire nous avons passé en revue les phases de 15 régimes parmi les plus couramment pratiqués.»

Les 15 régimes étudiés, non recommandés

> Régime du Dr Atkins: repose sur une alimentation riche en protéines.
> Régime californien du Dr Guttersen: vise à réduire l'accoutumance au sucre.
> Régime « citron détox : constitué d'une boisson composée principalement de jus de citron et de sirop d'érable et de palme.
> Régime de la chrononutrition du D' Delabos : a pour principe «d'associer la consommation d'aliments à l'horloge biologique du corps».
> Régime du Dr Cohen :la première étape, «le régime à effet booster », a pour objectif d'obtenir un amaigrissement rapide (5 kg en 15 jours), grâce à une alimentation pauvre en « sucre ».
> Régime du Dr Dukan : favorise les protéines au détriment des glucides et des lipides.
> Régime du Dr Fricker : les protéines ont une place importante.
> Régime Mayo : les matières grasses, les sucres, les féculents, les légumes secs et les laitages sont interdits.
> Régime Miami du Dr Agatston : le pain, le riz, les pâtes, les pommes de terre, les tartes, les viennoiseries ainsi que tous les fruits sont supprimés.
> Régime Montignac : la phase 1 consiste à ne jamais mélanger les « mauvais » glucides (pain blanc) avec les lipides (viande) au cours d'un même repas.
> Régime du Dr Ornish : régime végétarien très pauvre en lipides.
> Régime scarsdale du Dr Tarnower : les boissons alcoolisées et les matières grasses sont supprimées.
> Régime de la soupe au chou : consiste à boire un bol de soupe à chaque repas pendant 7 jours, suivi par des fruits, des légumes...
> Régime Weight Watchers : axé sur la motivation et le soutien des pairs apportés aux membres au cours de rencontres hebdomadaires.
> Régime zone de M. Sears : ce régime distingue les hommes des femmes
et considère que la prise de poids dépend des niveaux d'insuline.

Reprise de poids dans 80 % des cas

On l'aura compris, ce travail est destiné à fournir des repères pour mieux identifier les conséquences des régimes amaigrissants, et aboutira, dès 2011, à la publication de recommandations destinées à réduire les risques associés à ces régimes.

Atkins, citron détox, chrononutrition, Cohen, Dukan, Fricker, Mayo, Montignac, soupe au chou, Weight Watchers... les phases des 15 régimes passés au crible par une équipe de professeurs et de chercheurs, entraînent des déséquilibres en macronutriments (lipides, glucides, protéines) en vitamines et en minéraux (voir encadré p.17).

La pratique des régimes amaigrissants est également délétère pour l'intégralité du capital osseux et peut favoriser les risques de fractures.
Pour Irène Margaritis, «l'étude a montré que si des femmes minces pratiquent des régimes pour perdre un ou deux kilos, elles courent le risque d'en reprendre davantage. La principale conclusion de ce rapport est que la recherche de perte de poids par des mesures alimentaires doit être justifiée et accompagnée par un professionnel de santé, médecin ou diététicien.
Non seulement les régimes amaigrissants ne permettent pas de corriger les habitudes alimentaires, mais entraînent souvent des effets yo-yo où après un régime, on reprend le poids perdu rapidement plus un ou deux kilos bonus.
La reprise de poids concerne 80% des sujets après un an et augmente avec le temps. Cette spirale peut être dangereuse à long terme pour la santé physique et psychologique.


32 % DES PERSONNES DE 18 ANS SONT EN SURPOIDS (SOIT UN FRANÇAIS SUR TROIS) ET 15 % SONT CONCERNÉS PAR L'OBÉSITÉ.


REPÈRES

Les chiffres des déséquilibres alimentaires :

L'analyse nutritionnelle des 15 régimes sélectionnés ci-dessus, montre des déséquilibres nutritionnels parfois importants, avec en particulier :
• Des apports en protéines supérieurs à l'apport nutritionnel conseillé (ANC) dans 80 % des cas ;
• Des apports en lipides (graisses) supérieurs à l'ANC dans plus de 50 % des cas (40 % sont en dessous) ;
• Des apports en fibres inférieurs à l'ANC dans 74 des cas et parfois près de dix fois moindres ;
• Des besoins en fer non couverts chez la femme dans 61 % des cas ;
• Des apports en sel supérieurs à la limite recommandée par l'Organisation mondiale de la santé dans 58 % des cas
• Des apports en vitamine D, C et E respectivement insuffisants dans 77 % des cas,
26 % et 35 %.

INTERVIEW
Jean-Michel Lecerf
chef du service nutrition de l'Institut Pasteur de Lille.
Le groupe de travail de l'Anses, mené par le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l'Institut Pasteur de Lille, met en évidence les « effets néfastes » de régimes amaigrissants.

Maigrir fait grossir !
Question : Tous les régimes sont-ils néfastes?
Jean-Michel Lecerf: Il ne faut pas faire de régime, surtout quand on n'en a pas besoin. Si vous avez un excès de poids,
il faut analyser les causes et se tourner vers un médecin qui va s'occuper réellement de votre santé et de votre état psychologique.
Il pourra décider d'intervenir sur votre alimentation, mais jamais de façon dramatiquement restrictive. On ne le dit pas assez et il faut le répéter : les régimes peuvent avoir une efficacité sur la perte de poids, mais s'accompagnent aussi d'effets secondaires.

Les régimes font aussi grossir...
J.-ML: Effectivement ! Ces régimes présentent des carences en fibres, vitamines, minéraux, glucides et, à l'inverse, des excès en sel, en protéines. Et puis, c'est un paradoxe, mais maigrir fait grossir ! Chaque régime est moins efficace que le précédent, et la reprise de poids plus importante. Les restrictions alimentaires perturbent durablement le métabolisme et le résultat se traduit toujours par une perte de la masse musculaire et une reprise du gras.
Sans compter que l'on peut développer des troubles du comportement alimentaire.

Comment traiter le risque de l'obésité?
J.-ML: Beaucoup de ceux qui ont mis en place ces régimes ont fait de l'obésité un business. Il s'agit d'une maladie extrêmement hétérogène qui nécessite le diagnostic précis d'un médecin. Attention aux manipulations diététiques, aux gourous, à l'idéal de minceur, au mythe de la « maigritude ». Même si aujourd'hui, il faut admettre que l'on ne sait pas soigner l'obésité, pour autant il ne faut pas nuire !

Quels conseils souhaitez-vous apportes ?
J.-ML: Une chose est sûre : il ne faut pas manipuler son alimentation, mais apprendre à manger en écoutant sa faim, en retrouvant le plaisir et du bon sens. Le régime miracle n'existe pas car aucune méthode ne permet de perdre du poids vite , bien et durablement.

Gilles GIROT, , VIVRE, 1er Trimestre 2011, N° 349.