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2011 10  Arrêtons le massacre : six millions de morts par an dans le monde
d'après Vivre 2011 T3, N° 351

TOUS CONCERNÉS
Six millions de morts par an dans le monde à cause du tabac
ARRÊTONS LE MASSACRE !

La planète serait-elle en train de perdre sa bataille contre le tabac ?
Depuis 2005, les ventes de cigarettes ne baissent plus. Raison de plus pour se mobiliser à l'échelle mondiale et pour suivre l'exemple des Etats qui font ce qu'il faut pour sortir du tabac.

L'automne sera chaud sur le front du tabac : session extraordinaire de l'ONU fin septembre sur le thème des maladies non transmissibles, où la question des pathologies provoquées par le tabac tiendra le devant de la scène ; puis réunion des vingt pays les plus puissants de la planète, à Cannes, un mois plus tard, avec, souhaitons-le, le même thème à l'ordre du jour. Sans parler de l'actualité purement hexagonale, qui culminera avec la remise des conclusions de la commission présidée par le député Yves Bur. Tout cela, bien entendu, sur fond de début de campagne présidentielle. Un terreau généralement favorable à la multiplication des pressions de tous ordres, voire au développement de certaines démagogies.

La consommation augmente

La grande crainte des spécialistes, c'est le retour en arrière. Dans nombre de pays, l'élan impulsé en 2005 par l'adoption de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), au sein de l'Organisation mondiale de la santé, semble s'essouffler. La consommation stagne ou repart à la hausse, la mortalité ne régresse plus, les lobbies redressent la tête.
Un rapport récent de l'American Cancer Society (ACS) montre que le nombre de cancers du poumon pourrait doubler d'ici à 2030, sur l'ensemble de la planète, si aucune mesure énergique n'est prise.
Bien sûr, cette progression inquiétante, comme celle de tous les cancers, sera pour partie imputable à l'allongement de la durée de la vie ou à l'exposition à certains polluants industriels, mais le véritable coupable est évidemment ailleurs.
On sait en effet depuis longtemps que ce type de tumeur est imputable, dans 85 % des cas, au tabac.

Dès aujourd'hui, la cigarette tue six millions d'individus par an dans le monde. Elle est la cause d'un décès d'adulte sur dix. Et pas seulement par cancer, puisqu'elle est également sur la sellette dans d'autres maladies non transmissibles, comme les pathologies cardiaques ou respiratoires.
Une étude toute récente tend même à impliquer le tabac dans la survenance précoce de la maladie d'Alzheimer.

Le cas de la France est édifiant.
Depuis six ans, les ventes de tabac et de cigarettes ne diminuent plus.
Elles sont même reparties à la hausse en 2010, avec une forte progression chez les femmes et chez les jeunes.
« Voilà la triste conséquence de l'abandon d'une politique d'augmentations des taxes sur le tabac, déplore le professeur Gérard Dubois, membre de l'Académie de médecine. Pour moi, le doute n'est pas permis : il s'agit bien d'une politique délibérée au plus haut niveau de l'Etat, en totale contradiction avec les engagements que la France a pris en signant la Convention-cadre de l'OMS. La démonstration est vite faite : entre 1991 et 1997, puis de 2003 à 2004, on serre la vis en matière de prix et de réglementation : la consommation baisse. Au contraire, entre 1998 et 2002, puis à nouveau à partir de 2005, on relâche la pression et la machine à tuer repart ».
 
Le professeur Albert Hirsch, administrateur national en charge du programme tabac à la Ligue contre le cancer, va encore plus loin dans ses accusations : «Les trois dernières augmentations de prix — moins de 10 % à chaque fois — ont été calculées pour avoir un effet nul sur la consommation. Celle de novembre 2010 a même été directement négociée avec l'industrie du tabac. »

Les femmes en première ligne

La vulnérabilité du consommateur français vis-à-vis des manœuvres des industriels du tabac, comme sa capacité à «replonger» dès que l'Etat baisse sa garde, remonte à plusieurs siècles.
Historiquement, on ne considérait pas le tabac comme un produit dangereux.
Quand il a été introduit chez nous par Jean Nicot, il passait pour un stimulant et même pour un produit d'hygiène.

«Prenez l'exemple des femmes, souligne Gilbert Lenoir, le président de la Ligue nationale contre le cancer. Après 1968, elles ont brûlé leur soutien-gorge. Malheureusement, elles ont gardé le briquet ! La cigarette était alors un symbole de libération. Elles le paient d'une multiplication par quatre du nombre de cancers du poumon ces quinze dernières années. Même tableau chez les jeunes et dans d'autres catégories de la population comme les chômeurs ou les prisonniers. A l'arrivée, vous tenez l'explication du relatif insuccès des campagnes antitabac et du mauvais suivi des mesures répressives dans l'Hexagone : beaucoup de gens pensent que ce n'est pas si grave. »

Et cette piètre information est loin d'être l'apanage des milieux populaires. Dominique, rédactrice en chef d'une revue scientifique, a la quarantaine et toutes les raisons d'être parfaitement informée des méfaits du tabac. Or elle se vante de fumer des «cigarettes 100% tabac, (genre cigarillo) et donc beaucoup moins nocives».
 
Une naïveté aussi confondante fait sourire le docteur Tursan d'Espaignet, épidémiologiste à l'OMS : «Même dépourvue de papier, une cigarette «pur tabac» fait respirer à son propriétaire du cadmium et de l'arsenic. Au total, 4 000 poisons, dont plusieurs sont cancérigènes !»

Les ruses du marketing

Cette méconnaissance arrange naturellement les industriels.
Eux-mêmes surfent sur l'argument de la liberté («Tout individu a bien le droit de s'intoxiquer si c'est son choix !»), mais surtout sur la multiplication de produits « festifs » ou réputés « moins dangereux » pour séduire de nouvelles couches de la population.
D'où les mises en garde des associations contre les cigarettes parfumées au chocolat ou à la fraise. Elles font fureur à la sortie des lycées, avec leurs noms « cool» comme Pink Elephant ou Black Devil.
Entre 12 et 15 ans, 14 % des jeunes ont déjà essayé ces produits aromatisés désormais interdits (voir la circulaire publiée au Journal Officiel en date du 3 août 2011). Ces articles « sympas » contiennent pourtant du tabac, mais surtout ils créent une habitude et un début d'addiction.
Naturellement, les ruses marketing des fabricants ne s'arrêtent pas là.
Depuis quelques décennies, on a vu apparaître sur le marché les cigarettes-filtre, les light («légères»), les mild (« douces»), les cool («fraîches») — tout aussi dangereuses que les autres !
Quant aux campagnes de prévention autour du thème des «fumeurs passifs » (ces victimes involontaires au nombre d'un millier représentent environ 150 décès par cancer du poumon), les services contentieux des industriels du tabac prétendent s'en exonérer avec cet argument cavalier : « Vous n'avez qu'à ouvrir les fenêtres pour aérer. »
Autre faille qu'ont tenté d'exploiter depuis deux ans les industriels : la découverte d'un gène qui favoriserait l'apparition du cancer du poumon chez certaines personnes. Ils ont aussitôt sauté sur l'argument, en faisant valoir que si ces fumeurs développaient une tumeur, on ne pouvait pas accuser la cigarette, mais seulement leur patrimoine génétique. Argument fallacieux, naturellement : le fait que ces individus aient une faiblesse génétique vis-à-vis d'un certain risque n'exonère en rien ceux qui les exposent au risque en question !

L'argument de la liberté sert aussi beaucoup au lobby des cafés-restaurants, allié aux fabricants de cigarettes dans la très actuelle «bataille des terrasses».
On s'est félicité de la relative discipline avec laquelle cette corporation a éradiqué la cigarette des salles fermées, mais la guerre est loin d'être gagnée, dans la mesure où les contrôles sont rares et les amendes pas forcément dissuasives.
Dominique Sergeant, patron du Guersant dans le 17e arrondissement de Paris, a eu la «malchance» d'écoper d'une amende de 350 euros il y a quelques semaines (pour ce genre de contravention, le tarif va de 150 à 750 euros). Il avait fermé le rabat plastique de sa terrasse, à la demande d'un client frileux. Malheureusement pour lui, un agent scrupuleux passait par là... «Mon problème, c'est le soir : je fais restaurant-bar et la moitié de ma clientèle fume, s'excuse Dominique. La terrasse est vite remplie et les gens ont tendance à déborder à l'intérieur, surtout quand le temps fraîchit. »
 L'hiver prochain, il compte fermer sa terrasse mais pratiquer une ouverture dans le toit, ce qui reste légal.

Plus sérieusement, la question de l'environnement pourrait bien, dans les années à venir, constituer un atout de poids dans la lutte antitabac, dans la mesure où la population - les jeunes notamment - y est de plus en plus sensible.
On le voit désormais avec le ras-le-bol antimégots. Noël Collura, adjoint chargé de l'environnement à la mairie de La Ciotat (Bouches-du-Rhône), a joué les pionniers, l'été dernier, en réservant une portion de la plage Lumière aux non-fumeurs :

«Je l'ai fait à la demande des mères de famille et parce que les tamis qu'on passait chaque matin laissaient échapper les mégots. Au départ, certains nous narguaient en allant fumer les pieds dans l'eau. Du coup, on a pris un deuxième arrêté qui couvre aussi la lisière marine. Depuis, tout le monde se dit satisfait, au point que nous allons élargir cet espace sans tabac l'été prochain. »

La guerre antimégots trouve aussi un écho chez les pompiers, dans la mesure où ils portent une lourde responsabilité dans les incendies de forêts. Et même jusqu'aux gendarmes et policiers, au nom de la sécurité routière. Une étude tendrait à prouver que 5 % des accidents de la route seraient imputables au tabac. Après tout, prendre le temps d'allumer une cigarette distrait tout autant un conducteur que de pianoter sur son portable. Dans la foulée, les compagnies d'assurance pourraient se pencher sur la question. C'est que, là aussi, il y a sans doute bien des morts à éviter...

TEMOIGNAGES :

CONTINUEZ D'ARRÊTER

Les statistiques sont formelles, souligne-t-on à l'American Cancer Society : à chaque fois qu'un ex-fumeur replonge dans son addiction... il se rapproche du succès. 5 % seulement des personnes qui s'efforcent d'arrêter de fumer y réussissent du premier coup. Mais à chaque nouvelle décision d'en finir avec le tabac, un pourcentage croissant de fumeurs parvient à tenir son pari. Autrement dit : plus on rate, plus on a de chances de réussir la fois d'après ! En moyenne, le succès interviendrait après huit échecs. D'où le slogan paradoxal utilisé depuis quelques années par le ministère de la Santé de
l'état de Washington : « Continuez d'arrêter ! »


LA BATAILLE DU «22 QUATER » AU PARLEMENT FRANCAIS
L'offensive contre la loi Evin a pris un tour dramatique cet été avec l'adoption par la commission des lois de l'Assemblée nationale de l'article 22 quater du « projet de loi relatif à la répartition du contentieux et à l'allègement des procédures juridictionnelles ». En clair, toutes les infractions pénales pour usage de cigarettes dans des lieux publics pouvaient être l'objet d'une transaction (à la baisse). Les amendes s'en trouvaient fortement réduites. Les contrevenants auraient alors bénéficié d'une extinction de l'action publique et leur casier judiciaire serait resté vierge. Après un temps d'hésitation (et l'intervention vigoureuse des associations, à commencer par la Ligue), le gouvernement français a obtenu le retrait de cet amendement. Mais rien n'est joué, puisque ce texte devrait revenir en seconde lecture devant le Sénat en octobre prochain. Qui sont donc les parlementaires et les élus sous l'influence de l'industrie du tabac ?

Dr Philippe DOUSTE-BLAZY :
« Commençons par appliquer la Convention-cadre de l'OMS »
Ancien ministre de la Santé (1993-1995 et 20042005), le cardiologue Philippe Douste-Blazy est aujourd'hui conseiller spécial auprès du secrétaire général de l'ONU.
«La bonne réponse aux stratégies de contournement développées par les industriels du
tabac me semble consister à contrôler sans mollir tous les aspects de la question (publicité encadrée, respect des lieux publics, interdiction aux jeunes, campagnes de sensibilisation, fiscalité dissuasive), comme la France s'y est engagée en ratifiant la Convention-cadre de lutte antitabac (CCLAT). Une interdiction pure et simple me paraît prématurée alors que 30% des Français et 25% des Françaises sont fumeurs. On pourra revoir la question quand nous serons en dessous des 5-10%. »

LE TABAGISME LIÉ AU CANCER DE LA VESSIE DES FEMMES
D'après une étude publiée dans the American Medical Association en août dernier, le tabagisme est responsable de la moitié des cancers de la vessie chez les femmes soit une proportion égale à celle des hommes et plus élevée qu'estimée précédemment. Ce risque plus élevé chez les femmes comparé au milieu et à la fin des années 90 pourrait expliquer pourquoi le taux de cancer de la vessie n'a pas diminué durant cette période aux Etats-Unis. «Ce lien plus fort entre tabagisme et cancer de la vessie pourrait peut-être aussi indiquer un changement dans la composition des cigarettes au cours des années», observe l'épidémiologiste Neal Freedman, de l'Institut national américain du cancer.

Dr TURSAN d'ESPAIGNET
« L'Australie, un exemple à suivre »
De nationalité australienne, le docteur Edouard Tursan d'Espaignet est épidémiologiste à Genève auprès de l'Organisation mondiale de la santé.
«Il y a déjà plusieurs années que mon pays, l'Australie, ne subventionne plus la production de tabac, qui s'est effondrée. Et c'est tant mieux puisque l'on s'est rendu compte que la culture du tabac, outre ses autres méfaits, appauvrissait terriblement la terre. La grande polémique du moment, c'est le «paquet neutre » (sans logo ni couleur distinctive). La loi devrait entrer en application enjanvier 2012. Les industriels du tabac objectent qu'aucune étude ne prouve que cela fera baisser la consommation. Mais, dans ce cas, pourquoi se démènent-ils tellement, à coup de campagnes de pub et de menaces de procès géants, pour faire échouer son adoption ?»

LES BONS ÉLÈVES... ET LES AUTRES
La taille ne fait rien à l'affaire en matière de lutte contre le tabac. Le pays le plus en pointe actuellement est l'Australie. L'île-continent s'apprête notamment à imposer le "plain - package" (emballage de couleur neutre, sans logo, pour les paquets de cigarettes). Mais l'île Maurice va plus loin encore, en interdisant la cigarette au volant, même si le conducteur est seul à bord. De son côté, l'Islande se prépare à limiter la vente de produits issus du tabac aux seules pharmacies. Le tabac y est en effet considéré comme une drogue aux effets addictifs. Les malades dépendants à la nicotine pourront toujours se procurer leur poison, mais sous contrôle médical ! La Finlande, elle, a inscrit dans la loi la sortie du tabac. Autres bonnes surprises : l'OMS classe l'Uruguay et la Turquie dans le peloton de tête des Etats les plus engagés dans la lutte. A l'inverse, les pays d'Asie et d'Afrique, récemment investis par les fabricants, voient leur consommation s'emballer.


Pr Albert HIRSCH :
« Les femmes et les enfants d'abord ! »
Administrateur national en charge du programme tabac à la Ligue, le professeur Albe Hirsch estrun des inspirateurs de laloi Evin de 1991. « Le tabac tue et les Français ne semblent pas encore s'en être aperçus ! Il est à l'origine de 15% des morts dans notre pays (plus de 16 personnes par jour). La mortalité par cancer du poumon reste stable, en moyenne, mais elle explose chez les femmes : quatre fois plus de décès en quinze ans chez les plus de 44 ans ! Bientôt, les femmes mourront davantage du cancer du poumon que du cancer du sein. De même, quand on sait que le temps de latence entre la première cigarette et la survenue d'un cancer peut être de vingt ans, on ne peut que s'inquiéter de voir le développement de la consommation chez les jeunes. Il faut désintoxiquer les Français, à commencer par les femmes et les jeunes, qui sont, comme par hasard, les cibles prioritaires des industriels


LA GUERRE AUX MÉGOTS
Le tabac ne pollue pas seulement les poumons, il s'attaque aussi à l'environnement et à la beauté des paysages. Des études récentes montrent qu'un mégot de cigarette a une « durée de vie » supérieure à cinq ans. Quand il s'invite sur une plage ou dans une forêt, c'est donc pour longtemps. Bien entendu, c'est aussi un objet hautement toxique, puisque la dose de nicotine présente dans deux cents mégots suffirait à tuer un homme. S'y ajoutent 4 000 autres substances chimiques, dont une cinquantaine sont cancérigènes. Enfin, les pompiers ont déterminé que 16% des feux de forêts
avaient pour origine des mégots allumés jetés par des automobilistes et 13,8% par des promeneurs tout aussi négligents.


Pr Yves MARTINET :
« L'argent, nerf de la guerre »
Président du Comité national contre le tabagisme, le professeur Yves Martinet travaille au CHU de Nancy.
«Les Etats savent depuis longtemps taxer le tabac, moyennant quoi, eux aussi sont devenus véritablement « accros ». Or ce ne sont pas les consommateurs qu'il faudrait taxer, mais bel et bien les profits des industriels. Au niveau mondial, ceux-d dépassent les 100 milliards de dollars chaque année. Un pur scandale, alors que l'Organisation mondiale de la santé, elle, manque d'argent pour mener ses actions de prévention et d'information. C'est au porte-monnaie qu'il faut taper pour affaiblir l'industrie du tabac !
»