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2010.08  Annoncer son cancer à son enfant
Christine Angiolini, Les Proches N° 14, avril 2010

Quand on est parent et qu'on souffre d'un cancer, annoncer sa maladie à son enfant est une épreuve supplémentaire. Ne pas lui en souffler mot le protégera de l'angoisse, pense-t-on. Mais c'est plutôt l'inverse qui se produit. L'enfant imagine toujours le pire ! Voici quelques conseils afin que cette annonce se fasse le plus en douceur possible.

C'est l'histoire d'un petit garçon de 6 ans, que l'on appellera Jérémy.
Son père a été opéré d'un cancer de l'intestin un an auparavant et suit une chimiothérapie.
Avant l'intervention, ses parents lui avaient précisé que «papa a une boule dans le ventre, mais grâce à cette opération il va guérir ».
Personne n'a jamais prononcé le mot « cancer » devant lui.
Un soir, il confie à sa mère son regret de ne pas avoir « une poudre de perlimpinpin pour empêcher que papa meure ».

Comme les parents de Jérémy, nombreux sont ceux qui sont tentés de taire la gravité de leur maladie à leur enfant ou de ne pas lui en parler du tout.
« Dans l'inconscient collectif, le cancer est très lié à la mort, indique Nicole Landry-Dattée, psychologue et psychanalyste.
En en disant le moins possible, les parents veulent protéger l'enfant de l'angoisse de mort qu'ils ont eux-mêmes ressentie au moment de l'annonce du diagnostic.
Ils se protègent aussi de leur propre angoisse, car, s'ils disent la vérité à leur enfant, ils craignent que celui-ci ne leur demande : "Est-ce que tu vas mourir ?" »
Mais l'enfant n'est pas dupe. Il a remarqué que son quotidien a changé : ses parents sont tristes, l'un d'eux est fatigué et ne travaille plus, ses grands-parents viennent plus souvent le chercher à l'école...
Il perçoit aussi l'angoisse diffuse qui circule dans la famille. Et, surtout, il culpabilise.
« Les enfants ont l'impression que tout tourne autour d'eux, poursuit Nicole Landry-Dattée. Cet égocentrisme est encore plus prégnant entre 3 et 5 ans, période où la pensée magique est très active. Du coup, ils se sentent responsables de tout ce qui arrive à leurs parents. »

À cet âge-là, le complexe d'Oedipe est très actif. Tout enfant désire alors inconsciemment prendre la place du parent du même sexe, afin de « s'unir » au parent du sexe opposé (le père pour une fille, la mère pour un garçon).
Évidemment, si le « parent-rival » tombe malade ou décède, son fantasme pourrait devenir réalité, ce qui décuple son angoisse. Toutefois, la culpabilité n'est pas l'apanage des enfants de cette tranche d'âge. Donc, première étape pour les parents : délester leur bambin de sa culpabilité par des mots simples, comme « Tu sais, ton père/ta mère est malade, mais tu n'y es pour rien, personne n'y est pour rien ».

Dialoguer avec l'enfant entre le diagnostic et le premier traitement semble un bon compromis.
Etre au plus près de la réalité


L'annonce de la maladie doit être faite en présence de toute la fratrie. Mais la réassurance ne suffit pas. Il faut dire la vérité à l'enfant, sans précipitation, c'est-à-dire pas avant d'avoir soi-même « digéré » le traumatisme de l'annonce du diagnostic.
Il ne faut pas non plus trop attendre.
Dialoguer avec l'enfant entre le moment où le médecin a posé le diagnostic et le démarrage du premier traitement semble un bon compromis.

Mais à partir de quel âge peut-on annoncer son cancer à son enfant et avec quels mots ? « À tout âge, répond Nicole Landry-Dattée, même si le dialogue diffère selon l'âge de l'enfant. Par exemple, le bébé est très sensoriel. On peut le prendre dans ses bras et lui dire avec des mots très simples qu'on se sent triste et pourquoi on l'est Au travers des mots, il décryptera notre désir d'authenticité et l'affection qu'on lui porte, ce qui le rassurera. »
Pour les enfants plus âgés, on peut s'appuyer sur ce qu'ils savent déjà. Et dérouler le fil de l'histoire avec de vrais mots, idéalement en présence du parent non malade. Le tout en étant au plus près de la réalité. Exemple : « Tu as remarqué que maman ne travaille plus, car on a découvert que j'avais une boule dans le sein. Je suis allée voir le docteur et j'ai fait un examen. On s'est rendu compte qu'il y avait de mauvaises cellules. On a vu que c'étaient des cellules cancéreuses. C'est pour ça que cette maladie s'appelle un « cancer . Maintenant, je vais avoir un traitement et on va tuer ces cellules cancéreuses. »

Inutile en revanche d'abreuver l'enfant d'informations. Il ne faut pas craindre de prononcer le mot « cancer » à la fin de la discussion.
Si l'on n'emploie pas les vrais mots, l'enfant découvrira à un moment donné qu'on cherche à le tromper et se sentira trahi.
Finalement, que l'on s'adresse à un enfant de 3 ans ou à un enfant de 10 ans, les mots diffèrent peu.
Ce qui change, ce sont ses questions à lui. Les plus âgés poseront des questions plus pointues : « C'est quoi, un cancer ? », « C'est quoi, ton traitement ? ».
Ce n'est pas une question tant d'âge que de maturité psychique. Les jeunes enfants posent parfois des questions auxquelles les parents ne s'attendaient pas !

L'apparente indifférence
Ce n'est pas forcément au moment de l'annonce que les questions de l'enfant fusent, mais bien plus tard.
Normal, il a besoin d'un peu de temps pour assimiler cette mauvaise nouvelle. Il faut le laisser revenir lorsqu'il souhaitera davantage d'explications.
De nombreux parents ont peur de craquer lorsqu'ils annoncent leur cancer à leur bambin. Pas de panique si des sanglots éclatent. Non, ce n'est pas un aveu de faiblesse mais de profonde humanité. Si l'on ne peut pas protéger l'enfant du choc affectif de l'annonce, on peut l'amortir, en étant le plus authentique possible. Il est bon d'éviter les « Sois fort et ne pleure pas ».

N'est-il pas en effet légitime que l'enfant pleure, se mette en colère ou soit triste dans ce contexte ? Mieux vaut le câliner tout en le rassurant : « Oui, tu as le droit d'être triste mais, ne t'inquiète pas, nous allons trouver des solutions. »

D'aucuns peuvent être désarçonnés par l'attitude des bambins qui ne manifestent aucune émotion après l'annonce de la maladie. Une fausse indifférence due souvent à la sidération psychique du choc de l'annonce.
Pas d'inquiétude, l'enfant a juste besoin d'un peu de temps pour assimiler cette nouvelle.
Il est important de reconnaître sa souffrance en lui glissant : « Ce n'est pas parce que tu ne dis rien que tu n'en penses rien (tu ne dis rien, mais je sais que ça te fait mal). C'est sans doute trop difficile pour toi d'en parler maintenant, alors on en parlera quand tu pourras. »
Les psys sont unanimes : ce sont les parents qui doivent annoncer cette triste nouvelle à l'enfant, et personne d'autre.
Ceux qui ont peur de ne pas trouver les mots justes peuvent faire appel à un proche, ou à un psychologue spécialisé. C'est justement pour venir en aide aux familles que Nicole Landry-Dattée et le Dr Marie-France Delaigue-Cosset, médecin anesthésiste-réanimateur, ont créé les premiers groupes de parole parents/enfants à l'institut Gustave-Roussy. Décryptant ainsi le désir profond de ces enfants, qui réclament « la vérité de nos parents, avec des mots gentils ».

Les psys sont unanimes, ce sont les parents qui doivent annoncer cette triste nouvelle à l'enfant.

Le poids du silence
Il est des parents qui s'écrient : « Mais à quoi ça sert que mon enfant sache que j'ai un cancer, il l'apprendra bien assez tôt ! ».
Mais les enfants sont intuitifs. Quand on leur cache quelque chose, ils cherchent à savoir quoi.
Du coup, ils épient les conversations, surveillent les adultes... et ils se sentent coupables d'avoir transgressé l'interdit de savoir. La porte ouverte à l'angoisse ! Lorsque plus tard ils découvrent la vérité, ils n'ont plus confiance en leurs parents ni en eux-mêmes.
Si l'on ne leur a rien dit, n'est-ce pas en effet parce qu'ils ne sont pas dignes de confiance ?

Ces mensonges ont des répercussions sur la vie de ces enfants : ils peuvent devenir revendicatifs, avoir une vie affective très instable...
Certains parents cachent tout de leur maladie à leur bambin, pour ne pas l'angoisser. L'enfant n'apprend la vérité parfois qu'après la mort de son père ou de sa mère. Il subit alors un double traumatisme.
« Si la confiance a été perdue, si le mensonge est venu altérer la relation, si la vérité a été esquivée, les familles ont besoin d'être aidées pour retisser ce lien », précise Nicole Landry-Dattée.

Christine Angiolini. Les proches N° 14, avril 2010