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2009 11 L'Hormonothérapie expliquée aux patientes
 Vivre 2009 T3, N° 343

L'Hormonothérapie dans le cancer du sein

"Quand je propose une hormonothérapie à mes patientes, celles-ci sont déjà passées par de multiples épreuves: la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie ... Elles ont déjà échangé avec de nombreux soignants et se demandent ce qui va encore leur tomber sur la tète! "
Le docteur Anne Lesur, onco-sénologue au centre Alexis Vautrin prés de Nancy et auteur d'un récent guide sur le sujet (2), sait bien ce qu'endurent les femmes atteintes d'un cancer du sein.
C'est pourquoi elle prend toujours le temps de dialoguer avec elles : «J'arrive généralement en fin de parcours, quand elles pensent être enfin guéries, et là je leur sors un énième traitement, qui, de surcroit, va durer cinq ans !
Alors je leur explique que c'est un traitement d'entretien, qu'il est beaucoup plus doux que les précédents, qu'il n'oblige pas a revenir a l' hôpital, et qu'il est même souvent vécu comme un compagnon de vie, un paratonnerre qui sécurise.
A tel point que, à la fin du traitement, les patientes sont parfois inquiètes de l'arrêter!»

Prévenir le risque de récidive
Mais à quoi sert au juste l'hormonothérapie?
Certes, les cellules cancéreuses sont censées avoir toutes disparu avec la tumeur.
Mais un risque de récidive existe, même s'il est généralement faible.
Le traitement permet de réduire très sensiblement ce risque:

« Il peut toujours subsister une ou plusieurs cellules dormantes susceptibles de se réveiller deux ou trois ans plus tard, explique Anne Lesur. Or, si ces cellules possèdent des récepteurs aux hormones féminines (œstrogènes : RH+ c'est à dire Récepteurs Hormonaux Positifs), elles ont tendance à se multiplier plus facilement à leur contact. L'idée est donc tout simplement de les priver d'hormones afin qu'elles ne se développent pas. »

Aujourd'hui, l'hormonothérapie fait partie du traitement de tout cancer du sein RH+.
Les médecins associent nécessairement leurs patientes à la décision de suivre ou non une hormonothérapie.
« Je leur explique que l'efficacité du traitement dépend essentiellement du stade de leur maladie, précise Anne Lesur.
Je m'aide pour cela d'un logiciel informatique qui permet de calculer le risque de rechute en fonction de l'âge, de la taille de la tumeur retirée ou encore du nombre de ganglions touchés.
Si le risque est très faible, le traitement ne s'impose pas nécessairement. En revanche, il peut s'avérer vraiment efficace pour des situations plus sérieuses.
Toutefois sa durée est limitée, car il arrive un moment ou le gain devient insignifiant. »  

Il existe différents types d'hormonothérapie.
Le Tamoxifene, par exemple, agit par compétition avec les œstrogènes. Autrement dit, il prend la place des œstrogènes au niveau des cellules et empêche donc leur action.          
D'autres, dits de « suppression ovarienne », suppriment directement la production d'hormones par les ovaires chez les femmes non ménopausées.
Enfin, pour les femmes ménopausées, dont les ovaires ne fabriquent plus d'hormones, les anti-aromatases (3) consistent à bloquer la production d'œstrogènes qui subsiste au niveau des glandes surrénales.
Le choix du traitement dépend donc de l'âge et de chaque situation personnelle.

En général, l'hormonothérapie est prescrite pour cinq ans.

Le Tamoxifene et les anti-aromatases sont des traitements oraux: il s' agit de prendre un comprimé par jour pendant plusieurs années.
Quant aux traitements de suppression ovarienne, ils se font sous forme d'injections sous-cutanées, répétées tous les 28 jours.

Bien connaitre les effets secondaires
Efficace, l'hormonothérapie n'en demeure pas moins source de quelques inconvénients. Bien qu'elle soit globalement bien tolérée, des effets secondaires peuvent altérer la qualité de vie des patientes : douleurs articulaires et ou musculaires chez les femmes ménopausées sous antiaromatases, ou encore sécheresse vaginale ou kystes de l'ovaire sans gravité chez les plus jeunes traitées au Tamoxifene.
Pour ces dernières, une augmentation du risque de cancer de l'utérus a été décrite.
C'est pourquoi une surveillance gynécologique régulière est particulièrement recommandée.
Le Tamoxifene favorise les thromboses (obstruction vasculaire) et est proscrit en cas d'antécédents de phlébite ou d' embolie.

« En tant que médecins, nous tenons de plus en plus à prévenir nos patientes de ces effets possibles, souligne Anne Lesur. Car c'est en les anticipant qu'on peut mieux les accepter.
De même, il ne faut pas négliger les bouffées de chaleur qui sont liées au dérèglement hormonal. Elles ne surviennent pas chez toutes les femmes traitées, mais peuvent être vraiment gênantes dans la vie de tous les jours.
Il faut savoir que ce symptôme est souvent majoré par l'anxiété et la fatigue. Il n'est pas constant et peut même disparaitre en cours de traitement.
»

Enfin, le médecin tient à rappeler une information importante : « Contrairement au suppresseur ovarien, Le Tamoxifene ne bloque ni les règles ni la fertilité. Aussi, les patientes traitées uniquement au Tamoxifene doivent absolument poursuivre leur contraception. C'est d'autant plus important que l'hormonothérapie est "tératogène": pas question de tomber enceinte pendant la durée du traitement, car il y a des risques de malformation. »
Heureusement, dès l'arrêt du traitement, une femme en âge de procréer peut sans problème attendre un bébé.

Enfin, il est important de signaler que les traitements n'auraient pas d'effets majeurs sur la sexualité. « Le contexte général peut toutefois jouer un rôle négatif vis-à-vis de la libido, notamment chez une femme fatiguée, anxieuse, déprimée, avec un conjoint mal à l'aise, prévient Anne Lesur.
Heureusement, rien n'est jamais figé. C'est pourquoi j'insiste sur le fait de profiter au maximum des espaces de parole tout au long du traitement, notamment dans le cadre des rendez-vous réguliers avec ses médecins : son cancérologue, mais aussi son généraliste et son gynécologue. »

En aucun cas un traitement à base d'hormones  

Contrairement ce que son nom pourrait indiquer, l'hormonothérapie n'est en aucun cas un traitement a base d'hormones.
« II vaudrait mieux l'appeler traitement à visée hormonale, voire traitement antihormonal, remarque Françoise May-Levin, médecin conseil à la Ligue nationale contre le cancer, puisqu'il s'agit de bloquer l'action des hormones sur les cellules.
 
Il faut également préciser que ce traitement ne s'applique qu'aux patientes dont les cellules concernées sont pourvues de récepteurs aux hormones féminines, ce qui est le cas pour 70 % d'entre elles. Autrement dit, pour 30 % des femmes, le traitement ne sera d'aucune utilité. La présence de ces récepteurs se détecte facilement à l'aide d'un test biologique. »

 Notes :
 1- Une hormonothérapie est également proposée aux personnes qui ont eu un cancer de la prostate. Ce sujet sera traité ultérieurement.  
2- Idées vraies / idées fausses sur l'hormonothérapie dans Le traitement du cancer du sein, Téléchargeable sur www.alexisvautrin.fr/traitement! hormonothérapie.
3- Principales anti-aromatases: letrozole (Femara®). anastrozole (Arimidex®). A savoir que. dans la majorité des cas, les anti-aromatases sont préférées au Tamoxifene.

Yves LUSSON, Revue Vivre 2009 T3, n° 343